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lundi 17 janvier 2022

Des scénarios sur une page pour ALASTOR 66 ?

Artiste inconnu·e.

Alastor 66 étant, peu ou prou, motorisé par The Black Hack, je regarde un peu ce qui se fait avec les autres jeux carburant au même système. Et, ne nous mentons pas, je suis souvent déçu. Il y a bien peu de jeux clonés de TBH qui m'ont réellement titillé les synapses ludiques.
À l'exception notable des jeux de Kobayashi (Extinction et Black Sword Hack) et de The Mecha Hack. 
The Mecha Hack ? Yep, une déviation de TBH où l'on joue des mechas (soit des robots de guerre géants humanoïdes pilotés). J'ai la première édition de The Mecha Hack sur mes étagères depuis un petit moment. Ne serait-ce que parce que j'aime les mechas. Très fort. Surtout dans un jeu de rôle (mais pas au point d'en avoir mis dans A66, restons sérieux bordel). La mécanique de The Mecha Hack repose énormément sur les Dés d'Usage : plus vous allez utiliser votre mecha, plus ses systèmes, moteurs, réservoirs et chargeurs sont susceptibles de faiblir, jusqu'à la destruction... ou juste la panne.
Ce petit jeu m'ayant beaucoup plu (mais pas au point de le masteriser : pas le temps et pas suffisamment l'envie), j'ai participé au foulancement de la deuxième édition du jeu. Le foulancement comprenait le bouquin de base et The Mecha Hack : Mission Manual. Ce supplément comprend une microdose de background, des règles supplémentaires, des adversaires, du matos et, surtout, 44 synopsis de scénario. Des synopsis de scénario qui tiennent en une page et qui prennent la forme de tables aléatoires. Sous cette forme :
"De tables aléatoires".
Hum... Vous voyez où je veux en venir ?

Franchement, sur le fond, les synopsis du Missions Manual ne m'ont guère enthousiasmé. Pas au point de lancer une partie de The Mecha Hack dimanche prochain. Mais, par contre, J'ADORE LA FORME ! 
Grave. Suffisamment pour avoir envie de vous proposer quelque chose de similaire pour A66. C'est-à-dire, vous fournir des synopsis de scénario composés de tables aléatoires et qui tiennent en une page. Enfin... quand je dis "synopsis", je pourrais tout aussi bien parler de mini-scénarios ou, peut-être, de scénarios tout court. En une page seulement.

Hop, je vous donne un exemple de synopsis/scénario, composé d'un pitch de base et de six tables aléatoires, en une page :

ASSAUT SUR LE CENTRAL 66

Les Marshals transfèrent des détenu·es, dont un·e prisonnier·ère très important·e. Un problème inattendu (souci technique ? éléments naturels ? les mystérieux·ses assaillant·es de la prochaine phrase ?) les contraint à faire une pause dans un poste de police – le Central – isolé et presque désert. Un Central bientôt assiégé par des assaillant·es mystérieux·ses. Les Marshals vont devoir tenir jusqu'à l'arrivée d'hypothétiques renforts !


D6

Le prisonnier est...

⚀

Une syndicaliste passée à l'action directe.

⚁

L'ex-boss d'un gang vaincu et décimé.

⚂

La dealeuse d'un organisme qui se nourrit des junkies.

⚃

Un Robota renégat détenant des données classées X.

⚄

Une romancière dont le dernier écrit provoque des « émeutes ».

⚅

L'incarnation proclamée d'une entité non-humaine.

D6

Le Central est installé dans...

⚀

Un wagon géant sur une voie de garage.

⚁

Un ancien bunker de la Ligue des Mondes Libres.

⚂

Une station météo en haut d'une antenne géante.

⚃

Deux étages dans une arcologie désaffectée.

⚄

Une ancienne ferme hydroponique.

⚅

Un temple alastorien.

D6

Les policiers locaux sont...

⚀

Des employé·es d'une mégacorpo sécuritaire.

⚁

Des soldat·es d'un bataillon disciplinaire.

⚂

Des milicien·nes issu·es de la communauté locale.

⚃

Des Indigènes peu coopératif·ves.

⚄

Des vigilantes auto-proclamé·es.

⚅

Des Marshals Coloniaux déclassés.

D6

Les assaillant·es sont...

⚀

Des cultistes fanatiques.

⚁

Des gangers adolescents camés.

⚂

Des chimpanzés dressés pour des tuer.

⚃

Des drones tueurs.

⚄

Des Indigènes primitifs.

⚅

Des cadavres réanimés.

D6

Un·e détenu·e peut aider les Marshals. C'est...

⚀

Une tueuse de masse qui clame son innocence.

⚁

Un clochard prophète « qui parle au Futur ».

⚂

Une ado fugueuse hyper-débrouillarde.

⚃

Un légionnaire déserteur.

⚄

Une gladiatrice abonnée aux arènes illégales.

⚅

Un tueur en série épris de justice absolue.

D6

La situation se complique lorsque...

⚀

Les détenu·es se libèrent.

⚁

Le Central devient invivable (incendie/froid/gaz...).

⚂

Les assaillant·es trouvent un·e allié·e dans le Central.

⚃

Les munitions viennent à manquer.

⚄

Les policier·ères « craquent » (mutinerie/fuite/pétage de plombs...).

⚅

Les assaillant·es découvrent un accès non gardé.


Et voilà. Vous en pensez quoi ? Pas tant des six tables ci-dessus mais plutôt de ce format de scénario en une page ?

Quelques un·es parmi vous auront reconnu Assaut. Un film que je n'apprécie pas plus que ça (bien qu'il soit de mon réalisateur préféré : John Carpenter) mais qui a la grande qualité d'avoir un pitch simple et efficace. 

J'ai fait jouer une partie d'Alastor 66 sur ce thème. Une partie très moyenne pour dire vrai. Malgré cet "échec", j'étais quand-même tenté de peaufiner le concept de base pour écrire un scénario plus abouti. Mais, pour élaborer ce scénario, je rencontrais deux problèmes. 
Premier problème : ce concept de base – un commissariat assiégé – était un peu trop basique pour un scénario censé dire des choses sur la Lune démoniaque. 
Second problème : le pitch permettait plein de variations. Trop. Qui attaque le Central ? Pourquoi ? Qui sont les prisonniers ? Qui sont les policiers ? Quelle gueule il a ce Central d'ailleurs ? Et pourquoi les secours n'arrivent Pas ? Et cetera. Bref, trop de possibilités et je n'avais pas envie d'en choisir quelques unes seulement et de laisser les autres au bord de la route. 

En découvrant le format des scénarios en une page de The Mecha Hack : Mission Manual., j'ai découvert une nouvelle façon d'écrire, présenter et faire jouer un scénario pour Alastor 66. Et, surtout, j'ai trouvé LE format apte à mettre en avant certains scénarios qui auraient perdu de leur saveur sur des développements plus longs.

Dans l'idée, je mettrais bien six – a minima – scénarios avec ce format dans le livre de base. Dans l'idéal, j'en mettrais bien 36 (un d66) ! ^^

J'attends vos retours avec impatience !

Photo extraite de Assaut sur le central 13 (le remake de 2005, que je n'ai pas vu mais j'aime bien les jambes de Drea de Matteo).

mardi 18 mai 2021

Pourquoi se pèle-t-on méchamment les miches sur Alastor 66?

Photo extraite du film The Thing.
Alastor 66 est une lune glacée. Un inlandsis de plusieurs kilomètres d'épaisseur recouvre la plus grande partie du satellite. Des vents de 200 km/h, avec des températures de -150°C, balaient régulièrement sa surface. Bref, un climat de merde. Clairement, on n'est pas dans Blue Planet.

Et pourtant... Rien ne m'obligeait à faire de la Lune démoniaque un caillou subpolaire. Rien. Dans un premier temps – lorsque le projet s'appelait encore Alastor 55 –, j'imaginais plutôt un monde forestier et marécageux pour accueillir mon setting techno-démoniaque. En cela, j'étais influencé par le (très bon) film The Witch, et son décor ô combien sinistre, et la planète Dagobah, de Star Wars. Mais – lorsque le projet a pris de l'ampleur et s'est transformée en Alastor 66 – j'ai choisi le cadre (hypothermique) d'une lune recouverte de glace.

Pourquoi? Parce que j'aime ça.

J'aime ces décors gelés, décors que j'associe spontanément à quelques œuvres de fiction que j'adore et qui m'auront durablement marqué. Suffisamment pour avoir envie de faire jouer des scénarios de JdR dans un cadre similaire.
Ces œuvres ce sont la saga littéraire fleuve La Compagnie des glaces, de G.-J. Arnaud, le film The Thing, de John Carpenter, Les Montagnes hallucinées de HPL et, dans une moindre mesure, le roman Terreur, de Dan Simmons. Pour être tout à fait honnête, je dois aussi mentionner deux "vieux" Livre Dont Vous Êtes Le Héros: La Sorcière des Neiges et, surtout, Les Grottes de Kalte. Ce dernier, notamment, m'aura durablement impressionné par son décor gelé lorsque j'étais encore enfant. On a tous nos petites madeleines de Proust...

Une autre raison expliquant la météo pourrie d'Alastor 66 c'est que je voulais un décor hostile. Vraiment. On parle quand-même d'un JdR de S-F horrifique et d'une lune colonisée il y a deux siècles par des "satanistes". Je ne pouvais décemment pas caser tout ça sur une planète aux lagons bleus, à l'eau chaude et transparente, avec des cocotiers se balançant légèrement dans la brise tropicale. Un tue-l'ambiance assuré.

Mais tout ça c'est très personnel.

Si vous, votre kif c'est une planète désertique façon Tatooine ou Dune, une lune forestière comme celle d'Endor ou une planète-océan parsemée d'îles comme Poseidon ou Aquablue, ben faites-vous plaisir. Si quelques Zones d'A66 sont inséparables du contexte glacé (l'Inlandis de McReady en est un bon exemple), d'autres – la plupart d'entre elles en fait! – peuvent tout à fait être délocalisées dans un contexte "autre", avec le décor que vous souhaitez.
Si vous n'aimez pas la glace et le froid mais que, malgré tout, vous souhaitez masteriser Alastor 66, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

dimanche 15 mars 2020

Vous reprendrez bien un peu de Mythe ?

Artiste inconnu•e. 
Je fais partie des rôlistes qui apprécient encore le Mythe de Cthulhu. Je dis "encore" car j'en connais de plus en plus qui commencent à saturer de l’omniprésence de Toulou dans l'imaginaire globalisé. Ça fait quelques décennies que le seigneur de R'lyeh gagne des parts de marché parmi les icônes pop et ça s'est accéléré depuis que l'œuvre de H.P. Lovecraft est tombée dans le domaine public.
Clairement, on frôle l'overdose de poulpe.

Alors, OK, certain·es en ont marre des horreurs indicibles. Soit. Mais ça n'enlève rien à ce que L'Appel de Cthulhu a pu amener comme innovations au JdR en son temps – 1981 pour rappel –, aussi bien en termes de règles (la SAN, les compétences, le d100...), que d'univers (l'Horreur cosmique) ou de scénarios (l'enquête, "ne vous attachez pas à vos PJ"...). Et, perso, en tant que simple joueur, je fais partie des grands fans de ce jeu. Sachant que j'ai l'habitude de jouer avec les règles de la VF de 1984 (autrement plus simple que les dernières éditions): la simplicité, Gros!
Yep: j'aime jouer à L'AdC. J'aime le jeu et j'aime son univers. Vraiment.

De l'œuvre de HPL, j'ai particulièrement apprécié Les Montagnes hallucinées, Le Cauchemar d'Innsmouth et La Couleur tombée du ciel. Ses autres nouvelles, celles que j'ai lues du moins, m'ont laissé beaucoup plus indifférent. Il faut dire que j'ai dû mal avec tous ces textes sans dialogue, sans femmes, sans désir, sans amour, avec des narrateurs facilement interchangeables... C'est un peu aride tout ça.
Mais quel univers!
HPL ne cherchait pas à créer une mythologie. Ce sont ses "successeurs" – et August Derleth le premier – qui vont élaborer ce que nous appelons "le Mythe". Lovecraft voyait ses créations de façon beaucoup moins formelle et académique, ce qui se tient si l'on considère que, par nature, les entités du Mythe sont indicibles. Et, assez régulièrement, non-euclidiennes.

Pour vous représenter ce que l'œuvre de HPL peut avoir de dérangeant – et vous montrer que cette même œuvre est toujours vivante, féconde et innovante –, je ne saurais trop vous recommander la lecture de Neonomicon et Providence, deux séries de BD écrites par Alan Moore et dessinées par Jacen Burrows. Dans un registre cinématographique, regardez aussi le un peu plus ancien L'Antre de la Folie, de Big John.

Bref, j'ai très envie de mettre du Mythe dans mon univers maison.

Et je pourrais. Même commercialement: l'œuvre est libre de droits. D'ailleurs j'en ai déjà mis en évoquant un sinistre empire Tcho-Tcho au cœur de l'Asie de la Terre du Verseau. Une référence explicite.
Sauf que, comme dit au début de ce post, il y a moyen de saturer méchamment de Toulou à toutes les sauces... Comment faire?

Ben j'ai bien une solution.

C'est celle adoptée, avec maestria, par Alan Moore dans Neonomicon et Providence. C'est aussi celle utilisée, de façon beaucoup plus grossière, par Kevin Siembieda pour Rifts et d'autres jeux de rôle Palladium Books: se servir du Mythe sans jamais le nommer.
Alors, attention: Alan Moore fait référence au Mythe de façon implicite tandis que Kevin Siembieda transforme tout à sa sauce (et un Shoggoth n'y reconnaîtrait pas ses petits). Mon idée à moi c'est de faire quelque chose entre les deux: mettre du Mythe dans mon background mais sans le nommer et en changeant suffisamment d'éléments pour que son origine lovecraftienne n'ait plus rien d'évident.

Très concrètement, ça donnerait les éléments suivants:
  • Une entité pourvoyeuse de rêves étranges repose dans une cité engloutie cyclopéenne sous les eaux du Pacifique, au Point Nemo [Cthulhu].
  • Une autre entité sous-marine bien vivante se fait adorer par des créatures océaniques [Dagon].
  • Un pharaon dément règne en Égypte et son culte se répand dans les mégacités de la Terre du Verseau [Nyarlathotep].
  • Une créature malveillante hante les terres gelées de l'Arctique [Ithaqua].
  • Un "sultan des démons" trône au cœur de l'univers [Azathoth].
  • Une entité à la fécondité malsaine et corrompue erre dans les forêts profondes [Shub-Niggurath].
  • Un seigneur de l'espace et du temps livre des secrets aux sorciers et magiciens [Yog-Sothoth].
  • Et cetera (plus les cités oubliées, les races extra-terrestres chelous, les créatures, les livres qui rendent zinzin...).
À partir de ces bases là je veux pouvoir broder des éléments de background qui me permettent de singulariser la Terre du Verseau et qui fassent que l'on ne reconnaisse plus forcément le Mythe au premier coup d'œil. Ça c'est pour la forme.
Sur le fond, j'espère que les sinistres entités de mon Multivers seront aussi terrifiantes que celles de HPL. Même si ça doit se jouer sur d'autres aspects que ceux que prisait le Reclus de Providence car, clairement, Lovecraft et moi, nous n'avons pas trop les mêmes goûts en matière d'histoires...
En fait je ne veux pas du Mythe de Cthulhu tel quel. Je veux ce que celui-ci inspire. Ce qu'il m'inspire!

Hum... Il faudra peut-être que je trouve un autre nom à mes Tcho-Tcho du coup...

Illustration de Jacen Burrows.