lundi 11 mai 2020

Giannirateur aléatoire de cité fantastique

Illustration extraite de Isle of the Mighty. Par Clint Langley.

Et si on mélangeait le newcrobuzonateur aléatoire de cité fantastique et le giannirateur aléatoire d'aventure pour Rifts? J'aurais volontiers appelé ça "l'ΩmegaTrΔsheur aléatoire de cité fantastique" mais un minimum d'honnêteté intellectuelle me laisse penser que "giannirateur aléatoire de cité fantastique" ira très bien.

L'idée: concevoir une cité fantastique à la population 100% WTF pour Falling Sky, mon univers maison multi-genres post-apo. Ou pour Rifts ou n'importe quel autre JdR débile où l'on peut faire n'importe quoi. Ou encore pour le Multivers de Land of Estebor, par exemple.
Le principe: se servir de ses étagères de JdR comme d'une table aléatoire pour peupler une cité imaginaire. Bien évidemment, je ne saurais trop vous inciter à lire les deux articles sus-cités pour comprendre comment tout ça fonctionne (et d'où ça vient). 
Ça y est? C'est fait? Continuons alors.

En plus des humain·es, j'ai besoin de douze races pour peupler ma cité: trois races pleinement intégrées à la vie de la cité, trois races "en marge" (socialement et/ou spatialement), trois races proscrites et cachées (tout le monde sait que ces races existent, elles sont abattues à vue mais seule une infime minorité d'habitant·es de la cité en ont déjà aperçues) et, enfin, trois races dissimulées – quasiment personne ne connaît leur existence – qui représentent une menace plus ou moins grave pour la cité.
Pour chacune de ces races, je vais procéder à des tirages de dé en me servant de mes étagères de JdR comme d'une grosse (plus de 1100 ouvrages quand-même) table aléatoire. Je fais un premier jet pour déterminer l'étagère, un deuxième pour déterminer le livre (ou la boîte), un troisième pour déterminer la page et, éventuellement, un quatrième pour déterminer quelle partie de la page. 

Je prends mes dés, une feuille et un stylo, mes étagères de JdR, je procède à mes douze tirages et j'obtiens les races suivantes (je vous mets l'ouvrage et la page tirées entre parenthèses):
  • Wolfens vampires (page 85 de The Rifter 81). Issus de Palladium Fantasy à l'origine, les wolfens sont une race de loups humanoïdes géants.
  • Hydres (page 121 du Monster Manual D&D3).
  • "Sylvanien·nes" (l'illustration de "l'homme-arbre" page 8 de Isle of the Mighty, par Clint Langley, celle qui ouvre ce post).
  • Zentradis (page 521 de RDF Accelerated Training Program). Ce sont des géants humanoïdes à la peau bleue, les grands méchants de Macross. Il est possible de les "microniser" pour qu'il·elles aient taille humaine et puissent se mêler à leurs concitoyen·nes plus petit·es.
  • Druide·sses "malsain·es" (page 156 de Lyonesse).
  • Jaguars-garous dégénérés, soumis à une entité entropique surpuissante ("Wyrm-ridden Balam", page 57 de Tales from the Trails: Mexico).
  • Ember Skalixis (page 306 de La Frontière). Les ember skelixis sont un croisement incendiaire entre des vers des sables de Dune et des tremors.
  • Mutants (les habitant·es de Sanctuary, page 178 de Other Dust).
  • Esprits-totems trop curieux (page 80 de The Spirit Ways).
  • Sidhes (l'illustration d'Andrew Bates – page 62 de Combat – j'ai fait un dernier tirage pour départager le sidhe et le troll représentés). Les sidhes de Changeling: the Dreaming ressemblent quand-même énormément à des hauts-elfes...
  • Zombis "marcheurs" (page 115 de Chroniques Oubliées Contemporain).
  • Gargouilles géantes (page 223 de Rifts World Book 5 – TRIAX & the NGR). Les gargouilles de Rifts ne ressemblent guère à leurs comparses gothiques: elles sont méga-grandes et, surtout, méga-bourines. Pas du tout gothiques en fait, plutôt punks.
Un bien beau patchwork ma foi... Vous noterez que, sur douze tirages, nous avons quatre ouvrages White Wolf, trois ouvrages Palladium Books, quatre déclinaisons de l'Ancêtre et un seul jeu "indépendant" (Lyonesse). C'est, plus ou moins, représentatif de mes étagères. Les chances étaient grandes aussi d'avoir du Cyberpunk, de L'Appel de Cthulhu, du Warhammer ou du Heavy Gear. Vous noterez aussi que l'on a pas mal d'éléments "celtiques" (les sylvanien·nes, les druides·ses et les sidhes) et européens (les wolfens vampires, les hydres et les gargouilles), ainsi que deux "extra-terrestres" (les zentradis et les ember skelixis).

Vous pouvez vous en tenir à l'ordre du tirage et agencer les races de votre cité ainsi:
  • races pleinement intégrées à la vie de la cité: wolfens vampires, hydres et sylvanien·nes. 
  • races en marge (socialement et/ou spatialement): zentradis, druides·ses et jaguars-garous.
  • races proscrites: ember skalixis, mutants et esprits-totems.
  • races dissimulées: sidhes, zombis et gargouilles.
Vous pouvez aussi – c'est ce que je préconise personnellement – agencer ces douze "races" dans les quatre catégories comme ça vous arrange. Pour ma pomme, j'aurais plutôt fait les choses comme ça:
  • races pleinement intégrées à la vie de la cité: zentradis, sidhes et gargouilles.
  • races en marge: sylvanien·es, hydres et mutants.
  • races proscrites: druides·ses, ember skalixis et zombis.
  • races dissimulées: wolfens vampires, jaguars-garous et esprits-totems.
Une cité de JdR plutôt intéressante, non?
Sur la Terre du Verseau de Falling Sky, cette cité pourrait être La Corogne, Vigo ou toute autre ville de Galice. Pourquoi la Galice précisément? Parce que cette province espagnole est un carrefour entre le monde celte et le monde hispanique. Or nous avons les trois éléments celtiques mentionnés précédemment (les sylvanien·nes, les druides·ses et les sidhes) ainsi qu'un élément beaucoup plus latino: les jaguars-garous. J'ai alors pensé à des cultistes descendant·es d'immigré·es latino-américain·es. Et dans quel pays d'Europe trouve-t-on une grosse communauté d'immigré·es latino-américain·es? En Espagne. CQFD.

À votre tour maintenant: prenez vos dés, allez voir vos étagères de JdR et concevez une cité totalement hallucinée.

Ember Skelixis en chasse. Image extraite du jeu vidéo Ninja Gaiden Sigma Plus.

dimanche 10 mai 2020

Six rencontres sexy mais dangereuses XIII

"Dis-moi des mots d'Amour." "011000110001011101000101101..." "C'est bon, je crois que tu peux t'arrêter..."
Illustration d'Evan Lee (original ici).
Le joueur ou la joueuse a réussi son jet de séduction – ou a été super convaincant·e dans son roleplay – et son PJ peut, enfin, s'envoyer en l'air avec un PNJ monstrueusement sexy.

Cool? Pas tout à fait...

d6
Rencontre
1
L'amant·e du PJ est un·e droïde en train d'acquérir une conscience autonome. Faire l'amour avec le PJ accélère le processus. Or, selon l'article 1950–2215139191–311199 du Code de la Confédération Galactique, contribuer à l'émancipation d'un robot constitue un "crime confédéral grave".

2
L'amant·e du PJ simule, grossièrement. C'est très gênant.

3
L'amant·e du PJ hurle – de plaisir? – comme un·e damné. Ça s'entend sur des centaines de mètres à la ronde.

4
Alors qu'il·elles sont en train de faire l'amour, le chihuahua de son amant·e attaque les mollets du PJ. Ou ses fesses.

5
L'amant·e du PJ est Médium. De nombreux·ses mort·es assistent à la scène et vont se manifester, pas forcément de la meilleure des manières.

6
L'amant·e du PJ est le·la [d2: "1" ► enfant·e, "2" ► époux·se, "3" ► amant·e] du·de la chef·fe d'un gang (ou d'une quelconque organisation criminelle) hyper-violent.


Attention, ces rencontres peuvent méchamment faire dévier vos parties.

"Je tenais ÉNORMÉMENT à ce chihuahua..."
Illustration de sakimi chan (original ici).

samedi 9 mai 2020

Ras le schtroumpf du Confinement!

Illustration de Peyo.
Le Confinement fait faire des choses incroyables aux gens... Vraiment.
Je vais vous faire une confidence: ma femme n'est pas super fan de jeu de rôle. Je la soupçonne d'être jalouse... Mais à période extraordinaire, comportements extraordinaires: nous avons fait du JdR en famille.

Il y a quelques semaines, au début du Confinement donc, je parle à ma femme du jeu de rôle Mystères et pains d'épices, où les joueurs et joueuses interprètent des bonhommes·femmes pains d'épices cuisiné·es par leurs soins. Contre toute attente l'idée lui plaît et elle demande à ce que je les fasse jouer, elle et notre garçon.
Soit.
Nous avons cuisiné des bonhommes·femmes pains d'épices (que j'ai fait trop cuire), acheté une boîte de bonbons (chaque pouvoir magique ou élément de matos des bonhommes·femmes pains d'épices est matérialisé par un bonbon que l'on doit manger lorsque le pouvoir ou l'objet est utilisé¹) et avons joué pendant presque une heure à Mystères et pains d'épices. Leurs personnages étaient les dernier·ères survivant·es d'une fournée de bonhommes·femmes pains d'épices après le repas du réveillon de Noël et devaient retrouver le Père Noël pour qu'il les emmène au Pays de l'Hiver où il·elles pourront vivre des jours heureux sans crainte d'être dévoré·es. Pour cela, il leur a fallu traverser une grande maison de nuit, sans réveiller ses habitant·es et en échappant aux griffes et aux crocs d'Azramoute, le chat de la maisonnée.
Un succès. Femme et enfant ont passé un excellent moment. Et moi aussi!

Madame a récidivé dimanche. Je rentre du taf et, à mon arrivée, elle me demande: "Dis, tu ne voudrais pas nous faire un petit jeu de rôle chez les Schtroumpfs?" Ben oui, mon gamin adore les Schtroumpfs: il lit des BD schtroumpfs, il regarde des films et des dessins animés schtroumpfs, quand il joue aux Playmobils, il y met des Schtroumpfs et, assez régulièrement, il nous parle en schtroumpf.
Le temps de me décrasser du boulot, je prépare un synopsis de scénario dans ma tête. J'ai déjà un écran de jeu puisque je m'en étais fait un pour mon one-shot "La nuit du retour de la vengeance des Schtroumpfs noirs"²! Sauf que là, je n'ai aucun scénario à dissimuler derrière... Du coup je l'ai juste posé à plat.

Les règles: comme pour le one-shot, du d20 hyper simple, avec un bonus de +3 quand les PJ font un truc dans leur domaine de compétence.
Les PJ: mon gamin joue "Schtroumpf pompier", ma femme "Docteur Schtroumpf". Pourquoi ces personnages? Parce que nous avions des figurines schtroumpfs représentant "Schtroumpf pompier" et "Docteur Schtroumpf"...
Le scénario: Les PJ vont se retrouver avec un bébé dragon sur les bras et vont devoir batailler contre Gargamel (qui veut récupérer le bébé) et l'ex-Schtroumpfissime (qui veut chasser le bébé; j'adore ce PNJ...).
La partie: Grand Schtroumpf est parti voir son vieil ami l'Enchanteur Omnibus (classique). Après son départ, un incendie détruit trois maisons du village. Les Schtroumpfs vont chercher du matériel dans la forêt pour reconstruire. Les PJ tombent sur Gargamel et Azraël. Gargamel porte un sac de toile avec un "truc" dedans. C'est un œuf de dragon! Les PJ réussissent à récupérer l'œuf et à échapper à Gargamel et Azraël. L'œuf éclot et les Schtroumpfs découvrent un petit lézard ailé... qui finit par cracher une petite flamme. Branle-bas de combat chez les Schtroumpfs qui sortent à peine d'un incendie! L'Ex-Schtroumpfissime, profitant de l'absence du Grand Schtroumpf, veut rassembler une milice autour de lui pour chasser le bébé pyromane (et instaurer un Schtroumpf de mille ans juste après je suppose). La partie s'est arrêtée quand les PJ se sont enfuis dans la forêt avec le bébé dragon, poursuivis par les partisans de l'Ex-Schtroumpfissime...
La narration partagée: mon gosse vient d'avoir sept ans. Vous pensez bien que, par moments, c'est lui qui racontait l'histoire et pas moi.

Nous aurons probablement déjà joué la suite et fin lorsque vous lirez ce post.

Vous vous rendez compte? Ma femme m'a demandé une partie de JdR... Plein de gens se plaisent à penser et dire que la crise actuelle va changer beaucoup de choses dans notre quotidien. C'est fort possible...

¹ Exemple: un rouleau de réglisse servira de corde, un bonbon rose rendra amoureux, un bonbon "bouteille de coca" filera la patate...
² Je vous ordonne de relire mon compte-rendu de partie. C'est l'un de mes posts préférés de mon blog d'avant.

Image extraite de Le schtroumpf et le dragon.

vendredi 8 mai 2020

Six rencontres sexy mais dangereuses XII

"Et c'est parti en vrille quand elle t'a ramené chez elle?" "Bien avant ça! Figure toi que même la balançoire était piégée."
Illustration de Vincenzo Cucca.
Le joueur ou la joueuse a réussi son jet de séduction – ou a été super convaincant·e dans son roleplay – et son PJ peut, enfin, s'envoyer en l'air avec un PNJ monstrueusement sexy.

Cool? Pas tout à fait...

d6
Rencontre
1
Le PJ va être le père ou la mère d'un·e enfant considéré comme l'Antéchrist par une secte démoniste. Ses membres voudront élever l'enfant et, accessoirement, le·la vénérer.

2
Le PJ sort du lit avec les cheveux (ou poils, plumes, écailles...) dans un bazar indescriptible. Pas moyen de remettre ça droit pendant 1d6 jours.

3
L'amant·e du PJ était un·e vierge sacré·e pour un groupe religieux. Les membres du dit groupe vont l'avoir un peu mauvaise que le PJ ait "profané" leur vierge.

4
Alors qu'il·elles sont en train de faire l'amour, les 1d4+1 Dobermanns de son amant·e pénètrent dans la chambre et commencent à gronder en regardant le PJ.

5
L'amant·e du PJ est télépathe. Lorsque le désir et le plaisir montent, le PJ "lit" dans l'esprit de son amant·e et comprend que celui·celle-ci lit aussi dans le sien: il·elles n'ont dorénavant plus de secret l'un·e pour l'autre.

6
L'amant·e du PJ appuie sur un bouton (ou tire sur une corde, un levier, une manette...). Ce qui active 1d4 pièges (mortels) dans la maison.


Attention, ces rencontres peuvent méchamment faire dévier vos parties.

"C'est ta bite que je sens là?" "Naaan, c'est mon couteau."
Artiste inconnu·e.

jeudi 7 mai 2020

Newcrobuzonateur aléatoire de cité fantastique

Homme-cactus de la Nouvelle-Crobuzon. Par Trabbold (original ici).
Je me suis déjà servi de cette illustration dans mon blog d'Avant.
Que ce soit dans ce blog-ci ou dans celui d'Avant (ici précisément), j'ai déjà eu l'occasion de dire le plus grand bien de Perdido Street Station de China Miéville. Sa cité imaginaire de Nouvelle-Crobuzon mélange les imaginaires de façon assez jouissive – malgré son nom horrible en français: Crobuzon... on dirait un microbe – et on pourrait être tenté d'y faire  jouer des scénarios de jeu de rôle.
Mais je ne vais pas vous parler de La Nouvelle-Crobuzon aujourd'hui. Que nenni. Je vais plutôt voir avec vous comment fagoter votre propre Nouvelle-Crobuzon perso. Et pour cela vous allez avoir besoin du Monster Manual de D&D5... Mais n'importe quel autre bestiaire un temps soit peu fourni peut faire l'affaire.

Tout ce qui suit n'est qu'un "léger" développement personnel d'un autre article particulièrement bien inspiré: Make Your Own New Crobuzon.

Imaginez une cité plus ou moins médiévale et totalement fantastique. Vous pouvez vous la jouer steampunk aussi, ou tout autre genre rétro-futuriste. Cette cité, forcément gigantesque, est peuplée d'humain·es qui en constituent la race principale, dominante. Mais il·elles ne sont pas seul·es.
À côté des humain·es, on trouve:
  • 3 races pleinement intégrées à la vie de la cité.
  • 3 races en marge (socialement et/ou spatialement) de la vie de la cité.
  • 3 races proscrites. Le grand public sait que ces races existent, sont présentes dans les coins les plus obscurs, ou sauvages, de la ville, mais bien peu de personnes les ont déjà vues.
  • 3 races dissimulées – l'immense majorité des habitant·es ignore leur existence – qui constituent une menace pour la cité.
Dans le cas de La Nouvelle-Crobuzon de China Miéville, ces différentes races sont:
  • Races pleinement intégrées: les kephris, les vodyanois et les cactacae.
  • Races en marge: les garudas, les recré·ées et les gargouilles¹.
  • Races proscrites: les goules et les artefacts conscients².
  • Races dissimulées: la Fileuse, les gorgones et "les mains"¹.
Et j'en oublie peut-être... Je me demande si il n'y avait pas des vampires aussi...

Maintenant on se fait la même en utilisant le newcrobuzonateur aléatoire de cités fantastiques. Je prends mon Monster Manual 5E. Je l'ouvre: les "monstres" s'échelonnent de la page 12 à la page 341 (je vous épargne les neuf dernières pages de PNJ). 341-11=330, il nous faut un dé à 330 faces précisément. Ça se trouve aisément sur l'intertoile (j'ai utilisé celui-ci). Si il y a plusieurs créatures sur la même page, départagez les avec un nouveau lancer de dé.

Démonstration:
Je jette mon d330+11 et je regarde dans le Monster Manual pour chacune des douze races de ma Nouvelle-Crobuzon à moi. Ça donne ça:
Soit une cité ô combien intéressante mais très très mal fréquentée! Mais, avec une base comme le Monster Manual – et ses fiélons surreprésentés – on ne pouvait pas en attendre moins.
Cependant, afin d'obtenir une cité un peu plus "civilisée" et vivable, vous avez la possibilité de tordre le coup aux alignements de D&D et rendre ces créatures un peu moins malveillantes et/ou un peu plus sociables³ (pour les races "pleinement intégrées" et "en marge"). Vous pouvez aussi faire un tirage en ignorant les fiélons. Mais si, par contre, vous souhaitez créer une cité effectivement très mal fréquentée, alors il n'y a aucun problème et le Monster Manual est votre meilleur ami.

Vous avez aussi la possibilité de conserver les douze races obtenues mais en les répartissant dans les quatre catégories comme ça vous arrange. Par exemple, avec le tirage précédant, vous pouvez décider d'un commun accord avec vous-même que les mariliths, les orcs et les dryades seront les trois races "intégrées", les hippogriffes, les troglodytes et les quasits les races "en marge", les destriers noirs, les otyughs et les mezzoloths les races "proscrites" et, enfin, les glabrezus, les démons des ombres et les yochlols les races "dissimulées". Soit une cité un peu plus "fréquentable" et donc jouable (sans que les PJ soient obligés d'être niveau 15 et de monter une expédition commando pour pénétrer dans ses murs).

Vous avez une autre option que le d330+11: lancer un d4 sur la table des matières. Un des angles du dé vous indique quelle race est tirée. Je me fais un nouveau tirage en utilisant cette méthode. Et j'ignore délibérément les résultats "fiélons" pour les races "pleinement intégrées" et "en marge". Ce nouveau tirage donne ça:
Soit une cité à peine mieux fréquentée! Mais déjà un peu plus jouable, me semble-t-il... Et là encore, je pourrais tout à fait inter-changer certaines races entre les quatre catégories.

Et puis il vous reste toujours l'option où vous choisissez les races qui vous agréent dans le Monster Manual, tout simplement. Le seul défaut de cette dernière méthode étant que vous n'avez plus la surprise... Soit un ÉNORME défaut selon moi.

À votre tour maintenant. Faites votre Nouvelle-Crobuzon à vous.

¹ Je ne me rappelle pas de leur vrai nom dans la VF (et je n'ai ni le temps ni l'envie de chercher).
² Les artefacts sont pleinement intégrés à La Nouvelle-Crobuzon. C'est le fait que certains soient conscients et servent une Intelligence Artificielle – j'ai oublié son nom – qui est proscrit!
³ N'hésitez pas à augmenter les scores d'INT quand ça vous arrange.


"Bienvenu·es dans notre belle cité, étranger·ères!" Artiste inconnu·e.

mercredi 6 mai 2020

Six rencontres sexy mais dangereuses XI

"Et sinon c'est quoi ton métier chez les elfes?" "Princesse" "Ah..."
Illustration de Kyoung Hwan Kim (original ici).
Le joueur ou la joueuse a réussi son jet de séduction – ou a été super convaincant·e dans son roleplay – et son PJ peut, enfin, s'envoyer en l'air avec un PNJ monstrueusement sexy.

Cool? Pas tout à fait...

d6
Rencontre
1
Le PJ va être le père ou la mère d'un·e enfant considéré comme l'Antéchrist par un groupe religieux monothéiste. Ses membres voudront enlever l'enfant et le tuer rituellement.

2
L'amant·e du PJ est une divinité païenne. Le PJ est désormais identifié et poursuivi par l'ire du·de la conjoint·e divin·e jaloux·se de la dite divinité.

3
L'amant·e du PJ était vierge. Il·elle est emballé·e par cette première expérience. Un peu trop.

4
L'amant·e du PJ est un·e prince·sse qui fuyait un mariage arrangé. La garde royale (et/ou celle du·de la futur·e époux·se) est à sa poursuite.

5
L'amant·e du PJ est télékinésique. Tout ce qui n'est pas attaché au sol dans la pièce commence à s'élever. Lorsque les corps se séparent, tout retombe.

6
Ça tambourine très très fort – toute la pièce tremble! – à la porte de la chambre. L'amant·e éclate d'un rire démoniaque et suggère au PJ de s'enfuir par la fenêtre. Ses derniers mots: "Fuis, pauvre fou·folle!"


Attention, ces rencontres peuvent méchamment faire dévier vos parties.

"C'était comment?" "Divin." Artiste inconnu·e.

mardi 5 mai 2020

Archéoludisme & nostalgie: L'Œil Noir

Couverture de L'Œil Noir – Extension au Jeu d'Aventure. Par Claus D. Biswanger.
Je fais partie de cette génération de rôlistes qui ont découvert le jeu de rôle avec L'Œil Noir. En conséquence, il m'est très difficile de dire du mal de ce jeu pour lequel j'ai encore beaucoup d'affection. Une sorte de Madeleine de Proust rôlistique.

J'ai découvert L'Œil Noir – et le jeu de rôle – dans un supermarché (anciennement Continent Côte de nacre à Caen exactement) début 1986, en janvier je pense. Il s'agissait de la boîte L'Œil Noir – Extension au Jeu d'Aventure, la version publiée par Gallimard. Je ne savais pas ce qu'était exactement un "jeu d'aventure"– cet intitulé faisait très envie – et j'étais carrément intrigué par l'objet.
Ce qui m'a frappé c'était la présentation de cette boîte. Il faut savoir que, à cette époque reculée, j'étais un GROS lecteur des Livres Dont Vous Êtes Le Héros publiés par Gallimard, collection qui m'avait fait découvrir tout plein d'univers imaginaires qui m'étaient encore inconnus. Or la boîte L'Œil Noir – Extension au Jeu d'Aventure reprenait le design des LDVELH. Du coup j'avais très envie de savoir ce qu'il y avait à l'intérieur... De nouveaux livres-jeux? 

Ma famille (ma tante et marraine je crois) m'a offert la chose. Je suis rentré chez moi avec, j'ai ouvert la boîte, découvert deux petits livres sans paragraphes numérotés, des dés (dont un dé bizarre à 20 faces), un écran de jeu, la carte d'un continent inconnu... Et, même après plusieurs lectures, je n'ai pas trop compris à quoi j'avais affaire.
Et pour cause: Extension au Jeu d'Aventure.
À dix ans, seul, sans jamais en avoir déjà entendu parler, je venais de me lancer dans le jeu de rôle sans le savoir avec un supplément et SANS le "livre" de base (Initiation au Jeu d'Aventure). Sans personne pour m'expliquer, il m'a fallu plusieurs mois (années?) avant de comprendre en quoi consistait ce mystérieux "jeu d'aventure". Mais, même si je ne comprenais pas tout ce que je lisais, j'étais néanmoins fasciné par ma lecture. La preuve: 34 ans plus tard, je fais toujours du JdR et je tiens un blog dédié!
Bon, j'ai fini par me procurer L'Œil Noir – Initiation au Jeu d'Aventure, 2d8 mois plus tard, et j'ai compris en quoi consistait le jeu de rôle. Mais ma découverte du JdR sera pour toujours associée à cette boîte, "Extension..."

Donc, oui, j'aime L'Œil Noir. Et pas uniquement par nostalgie.

J'aime L'Œil Noir pour sa simplicité. Attention: je vous parle de la première édition là! Le système était vraiment simple, clair, bien présenté et expliqué... Quand on comparait, à la même époque, avec les versions françaises du PHB et du DMG de AD&D, il n'y avait pas photo...
J'aime L'Œil Noir pour ses aventures. Que ce soit sous forme de Livres Dont Vous Êtes Le Héros ou de scénarios de JdR, c'est avec L'Œil Noir que j'ai découvert les scénarios "médiévaux-fantastiques" et, aujourd'hui encore, je conserve un souvenir ému, et éminemment subjectif, de L'Auberge du Sanglier Noir, Le Fleuve du Désastre, Le Tournoi des Félons, Les Esclaves d'Al'Anfa ou encore L'Archipel des Cyclopes (il y a un intrus dans cette liste, un LDVELH, sauras-tu le retrouver ami·e lecteur·trice?) .
Enfin j'aime L'Œil Noir pour son univers: l'Aventurie, un continent imaginaire sans prétention, de taille modeste et sous-peuplé. Un continent imaginaire très classique de prime abord. On sent bien l'influence de D&D et de Tolkien. Mais L'Œil Noir est un jeu de rôle allemand – le JdR le plus populaire depuis plusieurs décennies outre-Rhin – et, en grattant un peu, on découvre dans le background du jeu des éléments ô combien exotiques, des éléments de background – oui, osons le mot! – teutons.

Bon, ok, le caractère germanique de L'Œil Noir n'apparaît pas forcément au premier coup d'œil. Ni même au second d'ailleurs. Il y a bien des elfes et des nain·es mais on sent bien qu'il·elles sont passé·es par le moule anglo-saxon gygaxo-tolkiennien avant de regagner leurs terres d'origine¹. Mais je vous invite à regarder ces documentaires consacrés à la genèse et au développement de L'Œil Noir avant d'aller plus loin (je vous mets les liens vers les parties sous-titrées en français).

L'Œil noir : Derrière le masque du maître – Partie 1
L'Œil noir : Derrière le masque du maître – Partie 2
L'Œil noir : Derrière le masque du maître – Partie 3
L'Œil noir : Derrière le masque du maître – Partie 5 (ben oui, pas la 4, c'est comme ça, c'est la vie)

On y apprend tout plein de choses. 
On découvre que, à l'origine de L'Œil Noir, il n'y avait pas de projet ludique très abouti. Il s'agissait surtout pour l'éditeur de l'époque, Schmidt Spiele, de couper l'herbe sous le pied de TSR, l'éditeur de D&D et AD&D. En 1983, Schmidt Spiele souhaitait traduire et diffuser D&D (ou AD&D?) en allemand. Mais TSR s'est montré beaucoup trop gourmand au moment de marchander les droits. Mal leur en a pris puisque Schmidt Spiele a refusé le deal et a choisi de créer son propre jeu de rôle de fantasy pour 1/ se faire plein de caillasses en surfant sur le succès international de Donj', et 2/ couper l'accès de TSR au marché germanophone en concurrençant (A)D&D avec leur jeu maison. Un pari réussi puisque, 36 ans plus tard, L'Œil Noir reste largement plus populaire que l'Ancêtre de l'autre côté du Rhin.
Les concepteurs avaient des idées très floues concernant le cadre du jeu. Lorsque le jeu est sorti dans sa première édition, la priorité c'était les règles et les scénarios. L'Aventurie s'est développée par la suite, progressivement, à travers les différentes extensions et suppléments. Ça me fait penser à Mystara et au Monde de Greyhawk pour D&D qui, eux aussi, se sont développés au fur et à mesure que sortaient les modules du jeu.
Prêtresse de Raïa, déesse de l'Amour et du sexe. Ah, l'Aventurie... Artiste inconnu·e.
Ces dernières années, je me suis souvent demandé ce qu'il pouvait bien y avoir d'allemand dans L'Œil Noir. J'ai même mené mon enquête auprès d'adeptes du jeu sur Casus NO et sur le forum BBE pour obtenir des informations. Mais la récolte a été assez maigre: les contes des frères Grimm, le Saint Empire romain germanique, la fantasy "réaliste", des noms allemands par endroits... Les éléments teutons mentionnés plus haut se font rares. Et pour cause: ses auteurs voulaient juste publier un jeu de rôle, ils ne cherchaient pas forcément à publier un jeu de rôle allemand.

Il y a cependant un aspect de L'Œil Noir qui me plaît énormément, en tant que grand schizophrène adepte d'illustrations de croquignolettes jeunes filles ET de rédaction en langage épicène, c'est la propension des auteur·es de L'Œil Noir à mettre des illustrations plus ou moins déshabillées ET à valoriser les éléments féminins. Il semblerait que ce soit un legs de la libération sexuelle, quoique l'on mette derrière cette expression, en Allemagne au début des années 80.
Et, effectivement, même si ça ne transparaît pas trop dans les ouvrages traduits en français dans les années 80, L'Œil Noir aime mettre beaucoup de peau nue dans les illustrations de sa gamme, avec tétons apparents. Ce qui n'aurait pas été possible aux USA par exemple. D'ailleurs, en Allemagne, L'Œil Noir c'est à partir de 14 ans. En 2018, c'est toute une palette d'ouvrages et de goodies consacrés au sexe et à l'érotisme en Aventurie – ça s'appelle Wege der Vereinigungen – qui ont été foulancés avec succès (1 807 souscripteurs et 224 560€!).
Pour sa partie féministe, les auteur·es de L'Œil Noir ont toujours fait attention à mettre autant de femmes que d'hommes parmi les PNJ importants de la gamme. Il·elles ont aussi fait en sorte d'équilibrer masculin et féminin dans leur utilisation de la langue pour écrire les différents ouvrages. Même si ce dernier élément parlera plus aux germanistes, je suppose.
L'Œil Noir, un jeu de rôle libertin? Libertaire? Un peu des deux?

Bon, quand j'ai découvert le jeu de rôle avec L'Œil Noir, je vous rappelle que j'avais dix ans. Comprenez alors que, à cette époque, les charmes supposés ou réels des Aventuriennes et les subtilités du génitif pluriel m'ont légèrement échappé. Ce qui m'a emballé dans L'Œil Noir avait plus à voir avec mon âme d'enfant je crois: je découvrais un monde magique et merveilleux et un jeu qui me permettait d'explorer ce monde!

BBE vient de publier en français la cinquième édition. Je n'en serai pas. Ça prendrait trop de place sur mes étagères déjà surchargées. Et, indécrottable nostalgique, la première édition me convient très bien. Qui plus est, les Allemand·es ont publié des centaines d'ouvrages depuis 1984 et je n'aime pas me mesurer à des univers dont je n'arriverai jamais à faire le tour... J'adore l'Aventurie, vraiment, mais je me suis rendu compte qu'elle a grandi, vieilli, elle aussi et qu'elle n'est plus tout à fait le continent imaginaire merveilleux que j'ai découvert étant enfant.

Un grand merci à Dyvim_star et romgam pour le (très bon) sous-titrage en français des épisodes de "Das Schwarze Auge: Hinter der Maske des Meisters" cités plus haut. Vous trouverez aussi ici des épisodes sous-titrés en français par leurs soins de "Ein Blick ins Schwarze Auge": des courtes présentations de l'univers de L'Œil Noir. Encore merci. Merci aussi à Dany40 pour ses renseignements. Tschüß!

¹ Ben oui: les elfes et les nain·es viennent directement des mythes germaniques et scandinaves.

lundi 4 mai 2020

Six rencontres sexy mais dangereuses X

"Soirée de meeeeerde!" Illustration de Annika Maar (original ici).
Le joueur ou la joueuse a réussi son jet de séduction – ou a été super convaincant·e dans son roleplay – et son PJ peut, enfin, s'envoyer en l'air avec un PNJ monstrueusement sexy.

Cool? Pas tout à fait...

d6
Rencontre
1
Le PJ va être le père ou la mère d'un·e enfant considéré comme le Messie par une secte démoniste. Ses membres voudront enlever l'enfant et le tuer rituellement.

2
L'amant·e du PJ est une divinité païenne. Elle tombe amoureuse de celui-ci et décide de le garder dans son harem. Le PJ devra désormais demander la permission, ou s'échapper, pour sortir de sa prison divine dorée.

3
L'amant·e du PJ était vierge. Il·elle est très très déçu·e par cette première expérience.

4
Le PJ conserve 1d4 suçons dans le cou pendant 1d6 jours.

5
L'amant·e du PJ est pyrokinésique. La température ambiante augmente VRAIMENT. Si/lorsqu'il·elle atteint l'orgasme, des éléments de la pièce prennent feu: incendie!

6
Ça tambourine très très fort – toute la pièce tremble! – à la porte de la chambre. L'amant·e devient livide et veut s'enfuir par la fenêtre. Ses derniers mots au PJ: "Fuis, pauvre fou·folle!"


Attention, ces rencontres peuvent méchamment faire dévier vos parties.

  • "Alors? Ta soirée avec ton dieu hier soir, c'était sympa?" "Oui... Et non. Ils finissent toujours par te faire des trucs bizarres." Extrait de Watchmen, par Dave Gibbons.

dimanche 3 mai 2020

Les atours rétro de "M"

Extrait de la couverture du tome 2 de la BD Mousquetaire. Par Ugo Pinson.
Le médiéval-fantastique est, de très loin, le genre préféré de nombreux·ses rôlistes. Dans "médiéval-fantastique", il y a "médiéval". À priori, on parle d'univers de jeu ayant pour référence le Moyen Âge européen. À posteriori, de nombreux jeux dits "médiévaux-fantastiques" vont piocher leurs références visuelles dans les siècles qui suivent le Moyen Âge.

Parmi ces jeux "plus-tout-à-fait-médiévaux-fantastiques", je pense en particulier à Warhammer. L'Empire de Sigmar a comme modèle le Saint-Empire romain germanique au Moyen Âge tardif et à la Renaissance (c'est-à-dire les XVe et XVIe siècles). Je pense aussi à Laborinthus qui, sous couvert de proposer du "médiéval-onirique", nous balance des peintures et des photos qui me font surtout penser à la fin du XIXe et au début du XXe siècle (j'en parlais ici).
Plus proche de nous, mentionnons aussi Lamentations of the Flame Princess et Into the Odd. Lamentations of the Flame Princess est un clone de l'Ancêtre avec, comme PJ potentiels, des guerriers, des magos, des prêtres, des voleurs ainsi que des elfes, des nains et des hobbits. Mais Lamentations of the Flame Princess n'a pas pour cadre un avatar quelconque des Royaumes Oubliés ou du Monde de Greyhawk, que nenni. Lamentations of the Flame Princess prend place, pour partie, dans "une Europe fantasmée du XVIIe siècle" (merci le Grog).

Extrait de la couverture de Into our Odd. Par Maxime Plasse.
Into the Odd va un peu plus loin dans le temps puisqu'il fait faire du dungeon crawling dans une cité – Bastion – inspirée des XVIIe et XVIIIe siècles européens. Voire plus récents comme le montre cet extrait de la couverture de Into our Odd, ci-dessus, où le personnage représenté est vêtu d'une tenue so XIXe siècle. Et d'autres éléments de Into the Odd – je pense en particulier à l'industrialisation – en font un jeu très steampunk dans l'âme. Chris McDowall, l'auteur de Into the Odd, est allé un peu plus dans le temps en publiant tout récemment Electric Bastionland, la suite de Into the Odd en quelque sorte puisque l'on y découvre une Bastion futuriste, ou quasi, avec l'électricité et des extra-terrestres. Mais les PJ de ce "Bastionland électrique" continuent de descendre dans des souterrains mal fréquentés pour en ramener les richesses qui y sont dissimulées. Du pur D&D dans l'âme...

Bref, vous pouvez mettre des donjons et des dragons (ou des tunnels et des trolls, des chevaliers et des sorciers...) dans vos parties sans obligatoirement vous en tenir à une charte graphique coincé entre 476 et 1492. Les anglophones n'ont pas ce problème de terminologie – ce n'en est pas vraiment un d'ailleurs... – puisque elles et eux parlent plutôt de "Fantasy", sans référence à une quelconque période historique.
J'ai un autre exemple, littéraire celui-ci, de mélange entre "Donj'" et un univers non-médiéval, c'est le très bon Perdido Street Station. Ce roman de China Miéville a pour cadre une gigantesque cité rétro-futuriste – New Crobuzon (quel nom horrible par contre), qui m'a énormément fait penser à la Londres victorienne – qui mêle, avec un sans gêne assez jubilatoire, des éléments fantasy, S-F, horrifiques, historiques... Un mélange comme j'aime. À un moment quelconque du récit, les héros et héroïnes recrutent trois "aventuriers" (guerrier-voleur-mago ou peu s'en faut, dans mon souvenir) pour lutter contre le danger qui menace les habitant·es de la cité. Et ces trois aventuriers sont d'authentiques dungeon crawlers: leur taf habituel consiste à explorer, et piller, des souterrains humides et mal fréquentés! Où l'on voit que China Miéville a fait du jeu de rôle...

Venons-en maintenant à M le jeu de rôle.
En tant que rôliste ET ancien étudiant d'Histoire, je ne suis pas raciste et la plupart des périodes historiques m'intéressent. Pour M, je n'ai pas de période de référence. Enfin si, j'en ai une, mais elle brasse très très large: de 1066 à 1929, à peu près. 
Alors là, vous vous demandez peut-être comment caler des robes Charleston et des cottes de maille normandes dans le même univers? 

En jouant avec l'espace.

Le monde de M est gigantesque. Dans mon idée, il s'agit d'un univers 1/ en mode "bac à sable", et 2/ créé en collaboration avec les joueurs et joueuses. En conséquence, il n'est pas nécessaire, ni même utile, de s'embêter à produire un background de 500 pages écrit en 8 car la seule partie de l'univers qui nous intéresse vraiment c'est celle où l'on va jouer. Du coup, je ne donnerai pas de chiffres de superficie ou de distance et resterai très vague sur les terres lointaines.
Retenez juste ceci: il y a dans l'univers de M de gigantesques métropoles, plus ou moins  industrialisées, qui, visuellement, font référence au XIXe siècle et au début du XXe. Ces métropoles disposent d'une technologie rétro-futuriste avancée. Plus on s'éloigne de ces métropoles, plus le niveau technologique baisse. Et, avec lui, les références historiques s'éloignent dans le temps. Dans le passé, précisément.
Exemple. Représentez vous une cité populeuse (dix millions de sujets? Cent? C'est du JdR, on fait ce que l'on veut). Le cœur de cette cité et ses habitant·es ont un look "Années folles". Les faubourgs ouvriers de cette cité font plutôt 1815-1914. Quand on sort des faubourgs, la campagne environnante est très XVIIIe siècle. Et ainsi de suite... À plusieurs centaines, ou milliers, de kilomètres de cette cité, sur les marges extrêmes du "monde civilisé", les locaux et locales s'habillent comme les Français et les Anglais du XIe siècle (Hârn!). Au-delà de ces terres, c'est l'inconnu: tribus non-humaines, royaumes barbares, ruines anciennes, paganisme et animisme, faune et flore hostiles...

Mais rien n'empêche MJ, joueurs et joueuses de jouer avec ces repères spatio-temporels, de faire se cotôyer "terres inconnues" et domaines "civilisés" aux codes visuels plus récents. Une rivière peut séparer une ville humaine "Renaissance" d'un royaume féerique forestier, une chaîne de montagnes peut servir de frontière entre une désolation hantée par des démon·es et une république prospère très "XVIIe", une citadelle steampunk peut être entourée d'un marais à l'écosystème extra-terrestre, et cetera.

Voilà, c'est l'idée. Accessoirement ça me permet de disposer d'un panel particulièrement large, et riche, d'images pour illustrer mon jeu. Et j'aime ça.

Illustration pour HârnMaster. Par Eric Hotz.

samedi 2 mai 2020

Six rencontres sexy mais dangereuses IX

"Freeeeeze!" Illustration de Morii Shizuki.
Le joueur ou la joueuse a réussi son jet de séduction – ou a été super convaincant·e dans son roleplay – et son PJ peut, enfin, s'envoyer en l'air avec un PNJ monstrueusement sexy.

Cool? Pas tout à fait...

d6
Rencontre
1
Le PJ va être le père ou la mère d'un·e enfant considéré comme le Messie par un groupe religieux monothéiste. Ses membres voudront élever l'enfant et, accessoirement, le·la vénérer.

2
Le PJ et son amant·e sont interrompu·es lorsque l'un·e d'entre eux·elles se met à saigner abondamment du nez ou d'un autre orifice. [lancez un d2: "1" ► c'est le PJ qui saigne, "2" c'est l'amant·e]

3
Alors qu'il se rapproche de l'orgasme, le PJ remarque que sa peau prend une teinte de plus en plus minérale. Si il jouit, il est transformé en statue¹. [1d100 heures? Définitivement sauf intervention des autres PJ?]

4
Le PJ est en train de tout donner quand, tout d'un coup, son amant·e se paye une ÉNORME crise existentielle ("Mais qu'est-ce que je suis en train de faire?!").

5
Le PJ entend des rires et des chuchotements sur son passage. Son amant·e est allé·e raconter à la terre entière, à tort ou à raison, qu'il était "un super coup".

6
L'amant·e du PJ est un·e fugitif·ve, récemment évadé·e de prison. Les forces de l'ordre sont en train d'encercler la bâtisse où PJ et PNJ folâtrent.


¹ Vous pouvez aussi choisir l'option statue de glace, de bois, de terre (cuite), de verre...

Attention, ces rencontres peuvent méchamment faire dévier vos parties.

"Ces menottes? C'est un style que je me donne." Illustration de Sui Ishida (à priori).

vendredi 1 mai 2020

M le jeu de rôle: Qu'est-ce qu'on joue?

Illustration de David Frankland.
Je n'arrête pas de vous bassiner avec mon nouveau projet d'hypothétique primo-JdR francophone, mais pour jouer quoi? Excellente question. Dans D&D, le vrai tout premier jeu de rôle pour rappel, on joue des pill... des explorateurs de souterrains plus ou moins médiévaux. J'ai déjà dit en quoi le dungeoncrawling me paraissait très américain sur certains aspects (ici et ici). J'aime bien le dungeoncrawling mais, présentement, pour mon JdR à moi, j'ai envie d'autre chose.

Dans M le jeu de rôle, on joue des explorateurs de mystères.

Plus précisément, on joue les honorables membres d'une société savante à but non lucratif aspirant à élucider les mystères, forcément innombrables, d'une planète géante où la magie la plus ancienne côtoie l'hyper-science la plus futuriste. Ces sociétés savante ont pour modèle celles apparues en France depuis le XVIIIe siècle.
Si tous les PJ œuvrent pour la même société savante, ce n'est pas forcément avec le même statut. Mercenaire recruté·e ponctuellement, informateur·trice, pigiste, employé·e salarié·e, étudiant·e, professeur·e, rentier·ère curieux·se, riche mécène... Il y a un gouffre entre le·la gamin·e des rues qui renseigne la Société et le·la bourgeois·e ambitieux·se qui finance les recherches de la même Société. Les motivations ayant amené nos PJ à participer aux "recherches" de la société peuvent être de tout ordre. D'autant plus que le décalage économique, social et culturel entre les différents PJ me paraît intéressant à jouer.

La Société savante à laquelle appartiennent les PJ est associée à un cadre précis: une ville, plus ou moins grande, et la région qui l'entoure. Cette ville et sa région constitueront le "terrain de jeu" de base d'une partie de M. Car cet enracinement local va permettre de mêler la résolution des mystères – le thème principal du jeu, pour rappel – au quotidien des PJ: leurs ami·es, leurs Amours, leurs emmerdes (comme dit ici). Car, si les références du cadre de jeu tournent plutôt autour de la littérature francophone, celles du jeu en lui-même auraient plutôt à voir avec la BD franco-belge. Surtout la BD franco-belge "classique", celle où les héros et héroïnes parcourent le monde tout en conservant un pied à terre hyper-local: Moulinsart pour Tintin, le château royal pour Johan et Pirlouit, Champignac pour Spirou et Fantasio, le "village des fous/irréductibles" pour Astérix et Obélix...
Dans mon idée, les aventures de M peuvent prendre deux formes: le mystère local OU l'expédition. Le "mystère local" concerne la ville des PJ et sa région. L'expédition enverra les PJ dans une contrée lointaine. Comme dans les BD sus-mentionnées, où les héro·ïnes alternent aventures locales et aventures globales.

Concernant les mystères à résoudre, nous sommes dans un univers mêlant Merveilleux et S-F. Il y a des ruines anciennes, humaines et non-humaines, à profusion, il y a des monstres qui rôdent, il y a des tueurs·euses psychopathes et des savant·es fou·olles, il y a des artefacts magiques et technologiques, il y a d'autres Dimensions et des êtres qui en viennent, il y a des machines qui dysfonctionnent ou, à l'inverse, qui marchent beaucoup trop bien...

C'est là le cœur de M le jeu de rôle: explorer des mystères. Sans forcément les résoudre d'ailleurs...

Illustration de David Frankland.

jeudi 30 avril 2020

Six rencontres sexy mais dangereuses VIII

"Je vais te découper, bébé." Illustration de minwoo kim.
Le joueur ou la joueuse a réussi son jet de séduction – ou a été super convaincant·e dans son roleplay – et son PJ peut, enfin, s'envoyer en l'air avec un PNJ monstrueusement sexy.

Cool? Pas tout à fait...

d6
Rencontre
1
L'amant·e du PJ est une divinité païenne. Celle-ci transforme le PJ en animal ou objet, pendant 1d100 heures, pour le protéger de l'ire de son·sa conjoint·e divin·e jaloux·se.

2
 L'amant·e prend le PJ pour un·e prostitué·e et lui verse une très GROSSE somme d'argent après sa "prestation".

3
Le PJ vient de contracter une MST mortelle. Il lui reste 1d24 mois à vivre.

4
Pendant l'amour, le PJ lit dans l'esprit de son amant·e, sans que celui·celle-ci ne s'aperçoive de quoi que ce soit.

5
Pendant l'amour, son amant·e lit dans l'esprit du PJ, sans que celui-ci ne s'aperçoive de quoi que ce soit.

6
Après l'amour, l'amant·e ouvre un placard rempli d'armes blanches et annonce au PJ que "Maintenant, nous allons jouer pour de vrai..." Toutes les portes et fenêtres de la maison-labyrinthe de l'amant·e psychopathe – le terrain de jeu à priori – sont fermées/cloisonnées/blindées/condamnées. 


Attention, ces rencontres peuvent méchamment faire dévier vos parties.
Arrivée inopinée du Dieu de la guerre et de la violence, l'époux légitime, et terriblement jaloux, de la déesse avec qui le PJ était en train de s'envoyer en l'air. Dommage... Illustration de Mike Deodato Jr.