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jeudi 13 avril 2023

[En cours ALASTOR 66] Épisode n°183 : Gorgones (mini-scénario)

Photo extraite du film 2001, l'Odyssée de l'espace.

Après avoir vu le film Bird Box, je me demandais si il était possible de concevoir un scénario de jeu de rôle avec ce genre d'adversaires: des monstres qui, si on les voit, vous poussent au suicide. Voici donc ma proposition sous forme de mini-scénario pour Alastor 66:

Malachi 7, l'I.A. gestionnaire d'une université alastorienne (Hildesheim?) devient démente après avoir numérisé un document corrompu pour la bibliothèque de l'université. Le savoir indicible obtenu en découvrant le document -- l'Œuvre -- lui permet de concevoir des images meurtrières qui poussent au suicide ceux et celles qui les voient. Malachi 7, désireux de répandre le savoir abominable qu'il a découvert, ne va pas s'en priver.
Les Marshals sont appelés à la rescousse quand la mortalité des étudiant.es et professeur.es grimpe subitement.

D6

L'Université est...

1

Populaire : des syndicats et des partis « progressistes » ont rénové et reconverti un vaste centre de transit colonial déclassé.

2

Sectaire : l'environnement, les cours, les activités... Tout est organisé par le Culte des Mille Soleils qui finance l'institution.

3

Corpo : Azatechnologies est à la pointe de la Science Étrange. Elle forme elle-même des scientifiques loyaux.les et obéissant.es.

4

Fédérale : des boursier.ères suivent les cours donnés par de vieux programmes d'enseignement technique dépassés.

5

Aristocratique : seuls les enfants des grandes Maisons Alphas et de la vieille noblesse terrienne sont acceptés dans l'établissement.

6

Indigène : l'architecture de l'antique complexe xéno est entièrement masquée par des éléments néogothiques surajoutés.


D6

Malachi 7 est devenue dément en numérisant l' Œuvre :

1

Les Muses de Hayabusa, recueil de poèmes de 2863 composé par Junji Watanabe, artiste « dégénéré » interné à vie sur Pluton.

2

L'unique rapport parvenu « intact » des centaines de sondes parties explorer les Hyades. Envoyée par Eudora 42 en 2275.

3

Le Liber Stella Sapiente, traduction en latin du XIIIème du Kitab al-Hikmah al-Najima, un ouvrage arabe de médecine du VIIIème.

4

Les ides d'Aldébaran, opéra baroque en français médiévalisant de 2573 par Jeanne de Kerselec, aristocrate alpha de la Maison Dys.

5

La mémoire de l'I.A. commodore du Remina, une hypernef revenue sans son équipage du Grand Nuage de Magellan en 2522.

6

La reine en rouge, pièce de théâtre expérimentale conçue par les psycholinguistes fascisant.es du Premier Ordre en 2819.


D6

Malachi 7 montre les images meurtrières aux...

1

Artistes. « Leur sensibilité doit leur permettre de mieux apprécier la beauté des choses merveilleuses qui leur sont révélées ».

2

Pervers.es. « Leur absence de morale et d'empathie les rendent capables de comprendre la vision sans jugement anthropocentré ».

3

Génies. « Leurs capacités mentales leur servent à appréhender et à estimer à sa juste valeur ce qui leur est révélé ».

4

Âmes brisées. « Les failles dans leur psyché ravagée sont les interstices par lesquels la vérité peut illuminer l'univers ».

5

Croyant.es. « Leur Foi les prédispose à comprendre ce qu'il y a de sacré et de divin dissimulé dans l'obscurité derrière les étoiles ».

6

Suicidaires. En leur donnant l'ultime impulsion pour passer à l'acte, elle fait « preuve de clémence, de compréhension, de générosité ».


D6

Malachi 7 montre les images meurtrières avec...

1

Les hologrammes publicitaires personnalisés du « Red Hook », le quartier interlope où les étudiant.es viennent lâcher prise.

2

Les tableaux virtuels des galeries « Cosmos », « Décadence », « Interpsyché » et « Reflets » du Musée du Département d'Art.

3

Les études microscopiques du cyclotron entropique – un décélérateur de particules – du Département de Physique.

4

L'imagerie médicale des différents appareils de diagnostic et de recherche biologique du Département de Médecine

5

Les différents éléments cosmiques de la carte spatiale numérisée du grand dôme en polyverre du Département d'Astronavigation.

6

Les yeux mécaniques – et tellement expressifs – d'une Marionnette bibliothécaire humanoïde du Centre de Ressources.


D6

Pour se tuer, celui ou celle « qui a vu »...

1

Pénètre dans la cage des hyènes arctiques – des hybrides carnivores – dans le Département d’Éthologie Expérimentale.

2

Casse une vitre du self avec sa tête, s'enfonce des morceaux de verre dans les yeux puis s'égorge sur les tranchants brisés.

3

Monte tout en haut de l'infrastructure métallique du stade pendant un match universitaire de rugball et se jette dans le vide.

4

S'autodissèque, jusqu'à ce que mort s'ensuive, dans une salle d'une aile non utilisée du Département de Médecine.

5

Descend sur la voie de métro reliant l'Université à la gare centrale. En chantant les louanges du monarque légitime et du trône doré.

6

Inonde son domicile de liquide inflammable, y met le feu, contemple l'incendie puis pénètre calmement à l'intérieur.


D6

La situation se complique lorsque...

1

Une personne « touchée » survit à la vision et – devenue totalement démente – souhaite « partager la Connaissance ».

2

Un.e sorcier.ère venu.e étudier l'Œuvre entreprend de convertir, avec succès, Malachi 7 à des desseins plus vastes, plus cosmiques.

3

Des images meurtrières ont été enregistrées et commencent à circuler dans certains cercles de l'Université, semant la mort.

4

Un groupe veut récupérer l'Œuvre, la mémoire corrompue de Malachi 7 et des « images » pour les utiliser comme armes.

5

Malachi 7 transfère l'Œuvre numérisée sur le Réseau. D'autres I.A. et des netrunners la découvrent et basculent dans la folie.

6

Des images meurtrières conçues par l'esprit dément de Malachi 7 prennent conscience et substance et s'émancipent de leur créateur.


lundi 17 janvier 2022

Des scénarios sur une page pour ALASTOR 66 ?

Artiste inconnu·e.

Alastor 66 étant, peu ou prou, motorisé par The Black Hack, je regarde un peu ce qui se fait avec les autres jeux carburant au même système. Et, ne nous mentons pas, je suis souvent déçu. Il y a bien peu de jeux clonés de TBH qui m'ont réellement titillé les synapses ludiques.
À l'exception notable des jeux de Kobayashi (Extinction et Black Sword Hack) et de The Mecha Hack
The Mecha Hack ? Yep, une déviation de TBH où l'on joue des mechas (soit des robots de guerre géants humanoïdes pilotés). J'ai la première édition de The Mecha Hack sur mes étagères depuis un petit moment. Ne serait-ce que parce que j'aime les mechas. Très fort. Surtout dans un jeu de rôle (mais pas au point d'en avoir mis dans A66, restons sérieux bordel). La mécanique de The Mecha Hack repose énormément sur les Dés d'Usage : plus vous allez utiliser votre mecha, plus ses systèmes, moteurs, réservoirs et chargeurs sont susceptibles de faiblir, jusqu'à la destruction... ou juste la panne.
Ce petit jeu m'ayant beaucoup plu (mais pas au point de le masteriser : pas le temps et pas suffisamment l'envie), j'ai participé au foulancement de la deuxième édition du jeu. Le foulancement comprenait le bouquin de base et The Mecha Hack : Mission Manual. Ce supplément comprend une microdose de background, des règles supplémentaires, des adversaires, du matos et, surtout, 44 synopsis de scénario. Des synopsis de scénario qui tiennent en une page et qui prennent la forme de tables aléatoires. Sous cette forme :
"De tables aléatoires".
Hum... Vous voyez où je veux en venir ?

Franchement, sur le fond, les synopsis du Missions Manual ne m'ont guère enthousiasmé. Pas au point de lancer une partie de The Mecha Hack dimanche prochain. Mais, par contre, J'ADORE LA FORME ! 
Grave. Suffisamment pour avoir envie de vous proposer quelque chose de similaire pour A66. C'est-à-dire, vous fournir des synopsis de scénario composés de tables aléatoires et qui tiennent en une page. Enfin... quand je dis "synopsis", je pourrais tout aussi bien parler de mini-scénarios ou, peut-être, de scénarios tout court. En une page seulement.

Hop, je vous donne un exemple de synopsis/scénario, composé d'un pitch de base et de six tables aléatoires, en une page :

ASSAUT SUR LE CENTRAL 66

Les Marshals transfèrent des détenu·es, dont un·e prisonnier·ère très important·e. Un problème inattendu (souci technique ? éléments naturels ? les mystérieux·ses assaillant·es de la prochaine phrase ?) les contraint à faire une pause dans un poste de police – le Central – isolé et presque désert. Un Central bientôt assiégé par des assaillant·es mystérieux·ses. Les Marshals vont devoir tenir jusqu'à l'arrivée d'hypothétiques renforts !


D6

Le prisonnier est...

Une syndicaliste passée à l'action directe.

L'ex-boss d'un gang vaincu et décimé.

La dealeuse d'un organisme qui se nourrit des junkies.

Un Robota renégat détenant des données classées X.

Une romancière dont le dernier écrit provoque des « émeutes ».

L'incarnation proclamée d'une entité non-humaine.

D6

Le Central est installé dans...

Un wagon géant sur une voie de garage.

Un ancien bunker de la Ligue des Mondes Libres.

Une station météo en haut d'une antenne géante.

Deux étages dans une arcologie désaffectée.

Une ancienne ferme hydroponique.

Un temple alastorien.

D6

Les policiers locaux sont...

Des employé·es d'une mégacorpo sécuritaire.

Des soldat·es d'un bataillon disciplinaire.

Des milicien·nes issu·es de la communauté locale.

Des Indigènes peu coopératif·ves.

Des vigilantes auto-proclamé·es.

Des Marshals Coloniaux déclassés.

D6

Les assaillant·es sont...

Des cultistes fanatiques.

Des gangers adolescents camés.

Des chimpanzés dressés pour des tuer.

Des drones tueurs.

Des Indigènes primitifs.

Des cadavres réanimés.

D6

Un·e détenu·e peut aider les Marshals. C'est...

Une tueuse de masse qui clame son innocence.

Un clochard prophète « qui parle au Futur ».

Une ado fugueuse hyper-débrouillarde.

Un légionnaire déserteur.

Une gladiatrice abonnée aux arènes illégales.

Un tueur en série épris de justice absolue.

D6

La situation se complique lorsque...

Les détenu·es se libèrent.

Le Central devient invivable (incendie/froid/gaz...).

Les assaillant·es trouvent un·e allié·e dans le Central.

Les munitions viennent à manquer.

Les policier·ères « craquent » (mutinerie/fuite/pétage de plombs...).

Les assaillant·es découvrent un accès non gardé.


Et voilà. Vous en pensez quoi ? Pas tant des six tables ci-dessus mais plutôt de ce format de scénario en une page ?

Quelques un·es parmi vous auront reconnu Assaut. Un film que je n'apprécie pas plus que ça (bien qu'il soit de mon réalisateur préféré : John Carpenter) mais qui a la grande qualité d'avoir un pitch simple et efficace. 

J'ai fait jouer une partie d'Alastor 66 sur ce thème. Une partie très moyenne pour dire vrai. Malgré cet "échec", j'étais quand-même tenté de peaufiner le concept de base pour écrire un scénario plus abouti. Mais, pour élaborer ce scénario, je rencontrais deux problèmes. 
Premier problème : ce concept de base – un commissariat assiégé – était un peu trop basique pour un scénario censé dire des choses sur la Lune démoniaque. 
Second problème : le pitch permettait plein de variations. Trop. Qui attaque le Central ? Pourquoi ? Qui sont les prisonniers ? Qui sont les policiers ? Quelle gueule il a ce Central d'ailleurs ? Et pourquoi les secours n'arrivent Pas ? Et cetera. Bref, trop de possibilités et je n'avais pas envie d'en choisir quelques unes seulement et de laisser les autres au bord de la route. 

En découvrant le format des scénarios en une page de The Mecha Hack : Mission Manual., j'ai découvert une nouvelle façon d'écrire, présenter et faire jouer un scénario pour Alastor 66. Et, surtout, j'ai trouvé LE format apte à mettre en avant certains scénarios qui auraient perdu de leur saveur sur des développements plus longs.

Dans l'idée, je mettrais bien six – a minima – scénarios avec ce format dans le livre de base. Dans l'idéal, j'en mettrais bien 36 (un d66) ! ^^

J'attends vos retours avec impatience !

Photo extraite de Assaut sur le central 13 (le remake de 2005, que je n'ai pas vu mais j'aime bien les jambes de Drea de Matteo).

dimanche 4 avril 2021

Inspiration : Bienvenue à Gattaca


Les Morphes d'Alastor 66 sont tous inspirés d'œuvres de fiction. Excepté le Standard, forcément, juste inspiré de toi et moi. L'Alpha, par exemple, a pour principale référence le film Bienvenue à Gattaca, d'Andrew Niccol. Sauf que, personnellement, je ne l'avais jamais vu jusqu'à aujourd'hui...
Covidé et enfermé dans ma chambrette, j'ai profité de mon confinement forcé pour, enfin, regarder ce film.

Tudieu.

Magnifique. Superbe histoire. Superbement bien jouée. Photo splendide. Décors classieux. Rétrofuturisme modeste mais élégant. Musique qui envoit du bois. Du très grand cinéma. Et Uma Thurman est trop trop belle, en plus d'être une excellente comédienne.
En plus d'être un très beau film, Gattaca  dit de très belles choses sur la volonté, le travail et ce que l'on est prêt à faire pour réaliser ses rêves. 

Si vous ne l'avez jamais vu et que mon ressenti vous cause, regardez ce film. Même si vous ne jouez pas un•e Alpha dans Alastor 66

Tu veux savoir comment j'ai fait ? Je vais te dire comment j'ai fait Anton. J'ai jamais économisé mes forces pour le retour.

lundi 22 mars 2021

Inspiration : The Jane Doe Identity

La moribonde, mais néanmoins très jolie, Olwen Catherine Kelly.
Photo extraite de The Jane Doe Identity.
Ça fait quelques années que je voulais regarder The Jane Doe Identity. Voilà qui est fait.

Le titre original, en VO, est The autopsy of Jane Doe. Quelqu'un·e peut me dire pourquoi les traducteur·trices de la VF sont aller s'emmerder à traduire le titre en anglais par un autre titre en anglais? Hum... Mais baste, je l'ai – enfin – vu ce film. Et il m'a beaucoup plu. Vraiment. Si vous aimez les films d'Horreur et que vous ne l'avez pas encore vu, je ne saurais trop vous conseiller d'y jeter plus qu'un coup d'œil.

Tiens, en parlant de globes oculaires, je croyais que The Jane Doe Identity était un Thriller. Ben non, je me mettais un doigt dans l'œil, profond. C'est du Fantastique, grave.

Ça fait quelques années que je voulais regarder ce film pour son pitch de départ: la police amène le corps d'une jeune femme pour une autopsie et il se passe des choses pas nettes. Non, je ne vous divulgâcherai rien. Je voulais le regarder pour mon seul plaisir d'amateur d'Horreur et de cinoche. Je ne pensais pas forcément au gidéaire avant de le voir.
Et pourtant... Après visionnage, The Jane Doe Identity est une superbe source d'inspiration pour Alastor 66 (et pas mal d'autres JdR d'Horreur). Le concept de base d'A66 c'est quand-même l'irruption du Fantastique – et de l'Horreur – dans un univers de S-F. Et bien l'irruption du Surnaturel dans un environnement "scientifique" c'est quelque chose que The Jane Doe Identity retranscrit particulièrement bien. Il y a gavé de bonnes idées, sur le fond comme sur la forme, dans ce petit film que les MJ peuvent utiliser pour la mise en scène de leurs parties horrifiques.
Et je me dois de signaler la performance de l'actrice, Olwen Catherine Kelly, qui réussit l'exploit de superbement interpréter une... morte. 
Bonne came cinématographique.

Notez que le réalisateur du film, le Norvégien André Øvredal, avait déjà réalisé le sympathique The Troll Hunter

samedi 23 janvier 2021

Le look Atari d'ALASTOR 66 (pour ma pomme)


Il n'y a pas si longtemps, je regardais la première saison de The Expanse. Une série qui ne m'aura guère enthousiasmé puisque je ne suis jamais arrivé, au jour d'aujourd'hui, au dernier épisode de cette première saison. Pour tout plein de raisons : le jeu des acteurs et actrices, le scénario, comment c'est filmé, les décors et costumes... Grosso modo, je trouve cette série fade. Avec bien peu d'éléments dans celle-ci pour vraiment m'envoyer dans le Futur, même dans mon imagination.
Tenez, prenez les écrans de The Expanse. Oui, les écrans : pseudo-smartphones, pseudo-tablettes, pseudo-ordis... Ben tous les écrans de The Expanse, la série, sont en plastique transparent, ou un truc qui ressemble à du plastique transparent. Ou du verre. Et c'est moche. Je veux dire que, lorsque tu vois ça, tu ne te dis pas "Waouw, ça a trop de la gueule le Futur !" Tu te dis juste que les designers de la série ont voulu faire un truc qui fait futuriste mais que ça ne marche pas.

Nous avons là un vrai souci pour tous les créateurs et toutes les créatrices d'un Futur possible : avec quelles images le représenter sans que ça ne fasse déjà daté ou juste moche. Ou fade. Un vrai défi quand on sait qu'un écran d'ordi de 2001 paraît déjà daté, has been, à un·e contemporain·e de 2021.

Bref, comment représenter le Futur ?

Une question d'importance en ce qui me concerne puisque je suis en train d'écrire un gidéaire de Science-Fiction, dans un univers prenant place quelques 1000 ans dans le Futur. Aussi, lors de mes parties d'Alastor 66 (le jeu en question), lorsque je dois décrire le décor à mes joueurs et joueuses, qu'est-ce que je leur dis ? Qu'est-ce que j'essaie de leur faire imaginer ?

Ben, en fait, je n'essaye pas de leur montrer un Futur "futuriste". Je leur propose un Futur antérieur. Mon Futur à moi est déjà vieux. Il est vieux car, en ce qui me concerne, le look d'Alastor 66 a énormément à voir avec des films de la fin des années 70 et des années 80. Je pense en premier lieu à Outland et à Alien. Conséquence immédiate : je décris à mes joueurs et joueuses un environnement futuriste avec les mêmes atours que ces films.

Concrètement, dans Alastor 66, les consoles clignotent, les fonds d'écran sont noirs et les téléphones sont lourds. Et si il prenait l'envie à un PJ d'aller faire un tour dans un réseau informatique, je soupçonne ceux-ci d'avoir la gueule de l'univers de Tron. La version de 1982 bien sûr. Old School, jusque dans l'esthétique.

lundi 4 janvier 2021

[WIP ALASTOR 66] Épisode n°59 : Replicant (Morphe) — D6 Atouts, D6 Matos, D6 Passés...

Photo extraite de Blade Runner.
Vous êtes un robot organique. Conçu·e dans les cuves biologiques de la mégacorporation Nilehound, vous êtes un·e esclave au service de l'humanité. Vous ressemblez trait pour trait à un être humain. Seul un examen psychologique approfondi, l'étude de votre moëlle épinière ou un test génétique de Nilehound peuvent certifier votre origine artificielle.

Si vous en avez l'apparence, vous n'êtes pas un·e humain·e pour autant. Vous êtes "né·e" adulte et mourrez avant de vieillir. Les souvenirs datant d'avant votre "production" sont artificiels, des implants conçus pour vous "stabiliser émotionnellement". Car les Replicants ont beaucoup de mal à gérer leurs émotions lorsque celles-ci surviennent. Programmés pour ne ressentir aucune empathie, il arrive cependant qu'ils s'humanisent au fil du temps. Et cette humanisation peut transformer certains d'entre eux en meurtriers impitoyables.

Vous êtes un·e esclave au service de l'humanité. Ou vous l'étiez. Car des Replicants se transforment en fugitif·ves dans l'espoir, souvent illusoire, d'obtenir une vie meilleure loin de leurs maîtres·ses humain·es. Ces Replicants "marrons" sont alors traqué·es par des policier·ères spécialisés : les blade runners. Si de nombreux·ses fugitif·ves tentent, pour des raisons mystérieuses, de gagner la Terre, nombre d'entre eux·elles préfèrent tenter leur chance sur la Frontière, là où le contrôle des autorités se fait beaucoup plus lâche. Et Alastor 66 constitue une destination de premier choix pour un Replicant en quête de liberté.

Quel Replicant êtes-vous ?
Voici tout d'abord une table aléatoire pour déterminer quelle relation votre PJ Replicant entretient avec sa nature de Replicant. Je l'ai refaite, la précédente version ne me satisfaisant guère. Le joueur ou la joueuse effectuera une tirage sur cet table ou choisira l'option qu'il·elle préfère.

D6

Quel Replicant êtes-vous ?

1

« Rachael » vous croyez être un·e humain·e ; ou vous faites semblant d'y croire

2

« Luv » – vous connaissez votre nature, l'acceptez et obéissez à vos maîtres·ses

3

« K » – vous connaissez votre nature, l'acceptiez, mais, dernièrement, vous aspirez à « autre chose »

4

« Mariette » – vous feignez l'obéissance mais vous rêvez de liberté et préparez votre fuite

5

« Roy » – vous avez fui, êtes en cavale ; vous savez que des blade runners vous traquent

6

« Sapper » – vous avez fui, échappé à vos poursuivant·es et vivez dorénavant sous une fausse identité


Quelle était votre fonction initiale ?
Voici une table aléatoire pour déterminer la fonction initiale de votre PJ Replicant, (bien) avant qu'il ne devienne Marshal au sein de l'Agence Coloniale. J'invite les joueurs et les joueuses qui se serviront de cette table à déterminer leurs Attributs en conséquence.
Là encore, le joueur ou la joueuse effectuera une tirage sur cet table ou choisira l'option qu'il·elle préfère.

D6

Quelle était votre fonction initiale ?

1

Plaisir – vous étiez un jouet sexuel et/ou sentimental pour les humain·es

2

Domestique – vous étiez un·e servant·e, astreint·e aux tâches ingrates et répétitives

3

Labeur – vous étiez un·e ouvrier·ère, spécialisé·e dans les tâches dangereuses

4

Guerre – vous étiez un·e soldat·e dans les guerres de la Sphère humaine

5

Recherche – vous étiez un·e cobaye pour les laboratoires

6

Off-world – vous étiez un·e travailleur·se des milieux hostiles : sans air, brûlants ou glacés, irradiés, vides


Et maintenant, place aux fondamentaux des PJ d'Alastor 66 : les Atouts, Matos et Passés.

D6

6 Atouts

1

Un·e homoncule – un·e bio-automate, « mini » Replicant aux capacités limitées et de petite taille (1DV)

2

Une base de données – un accès, totalement illégal, aux fichiers génétiques de Nilehound (∇6)

3

Un·e contact – un·e blader runner « à la retraite » ; il·elle connaît un réseau d'exfiltration marron (∇6)

4

Une planque – l'appartement d'un·e Biotek corpo de Nilehound, misanthrope et solitaire (∇6)

5

Un·e contact – une organisation armée de Replicants marrons préparant « le Soulèvement » (∇4)

6

Un secret – vous savez où se trouve un·e enfant « miracle » : il·elle a été conçu·e par un·e Replicant (∇4)


D6

6 Matos

1

Un animal familier – d2 : 1 ►un python birman, 2 ► une colombe ; d2 : 1 ► naturel, 2 ► artificiel

2

Un appareil identificateur – d3 : 1 ►une psycho-sonde, 2 ► un lecteur de moëlle épinière ; 3 ► un test génétique Nilehound

3

Une Unité Centrale – avec émetteur-projecteur holo : contient une I.A. amoureuse de vous

4

Une mallette – contient un PKD sans numéro de série et ∇20 balles non-marquées et intraçables

5

Un petit spationef – volé, falsifié et fonctionnel ; amarré à un quai discret de Cerbère I (∇6)

6

Un billet pour la Terre – aller simple, non-nominatif, non-remboursable, non-échangeable, à validité illimitée


D6

6 Passés

1

Vous avez rencontré un·e humain·e alexithymique – il·elle se faisait passer pour un·e Replicant

2

Vous avez aimé un·e humain·e – et avez été aimé·e en retour ; vrai souvenir ou implant ?

3

Vous avez aidé des fugitif·ves – 1d6 Replicants ont pu s'enfuir et/ou se cacher grâce à vous

4

« La Porte de Tannhäuser » – vous avez vu des choses magnifiques interdites aux humain·es

5

Vous êtes traqué·e – un·e blade runner vous recherche ; c'est une affaire personnelle pour lui·elle

6

Vous êtes un prototype – le dernier et unique modèle conçu par Nilehound (+1 à tous vos Attributs)

dimanche 3 janvier 2021

Blade Runner 2049

Photo extraite du film Blade Runner 2049.
Prenez une envie de création d'univers de gidéaire très personnel comme celui de Falling Sky. Et bien mes références imaginaires et graphiques sont surtout à rechercher du côté de la BD et de l'Animation nippones. À l'inverse, un autre univers, tout aussi personnel, comme celui de M le jeu de rôle (titre temporaire...) lorgne plutôt du côté de la littérature et de la BD francophones.

Et Alastor 66 me direz vous ?

Est-ce que ma référence imaginaire est la seule couverture de feu Casus Belli n°55 ? Que nenni. Alastor 66 a surtout à voir avec le cinéma américain de genre : Alien, The Thing, Outland, Event HorizonGhosts of Mars, The Witch...
Prenez les Replicants par exemple. Dans Alastor 66, parmi les "races" jouables ─ les Morphes ─ , les joueurs et joueuses peuvent choisir d'interpréter des Alphas (les "supérieurs" de Bienvenue à Gattaca), des Mutants (Total Recall), des Stellaires (The Expanse, oui, je sais, ce n'est pas un film), des Robotas (les cyborgs de Terminator, les synthétiques d'Alien, les droïdes de Star Wars)... Et des Replicants. Et ces derniers ont tout à voir avec le superbe film de 1982 de Ridley Scott
À se demander d'ailleurs si Alastor 66 n'est pas inspiré par l'inconscient de Ridley Scott, l'homme ayant réalisé deux des références majeures du jeu... (ah ! je vois une main se lever pour me signaler que j'ai mentionné deux films de John Carpenter et que, en conséquence, Alastor 66 doit aussi avoir un lien avec l'inconscient de Big John... la main a raison mais ça commence à faire beaucoup d'inconscients pour un seul gidéaire) 

Pour ma prochaine partie d'Alastor 66, j'ai un nouveau PJ qui rentre en jeu : un Replicant. J'ai proposé au joueur d'en interpréter un·e 1/ parce qu'il n'y en avait pas dans l'équipe et 2/ pour me pousser à faire les tables aléatoires adéquates pour ce Morphe. Le joueur est partant et me voilà donc en train de préparer les dites tables d'Atouts, Matos et Passés pour son PJ tout neuf. Ces tables, j'ai commencé à les écrire avec, en tête, Blade Runner, que j'ai revu très récemment pour ce faire.
Puis je me suis souvenu qu'il y avait un autre film "Blade Runner", celui de 2017, par Denis Villeneuve : Blade Runner 2049.

En quête d'inspiration pour mes tables, je me le suis regardé hier. Quelle claque !

Quand le film était sorti sur les écrans en 2017, il ne m'avait pas appâté plus que ça. En cause : une surexploitation des franchises célèbres et moins célèbres par les grands studios US qui m'ennuie profondément à force de produire des navets. J'avais un à priori méchamment défavorable sur ce film. Pourtant j'aurais pu me laisser tenter par le seul nom de Denis Villeneuve, réalisateur qui m'avait particulièrement impressionné avec une autre claque cinématographique : Prisoners. Bref, je m'étais dispensé d'aller le voir en salle, ou sur un écran plus petit par la suite.
Jusqu'à hier.

Et j'ai bien pris mon pied. J'ai ADORÉ. Pour, au moins, trois raisons. 

Premièrement, il y a une histoire, une bonne histoire. Le scénario est costaud, bien amené, bien raconté, hyper-prenant. Et c'est une vraie suite : on découvre ce qu'il est advenu de Rachel et Deckard après les avoir laissé•es à la fin de Blade Runner 1982.

Deuxièmement, c'est super bien interprété. J'ai été assez bluffé par le jeu des acteurs et actrices interprétant les Replicants : Ryan Gosling bien sûr mais aussi Sylvia Hoeks (Luv), David Bautista (Sapper Morton), Hiam Abbass (Freysa), Mackenzie Davis (qui réussit l'exploit de rappeler Pris, dans le rôle de Mariette)... De belles performances qui arrivent à concilier l'origine artificielle des Replicants et l'humanité à laquelle ils et elles aspirent. 
Mentionnons aussi les prestations d'Ana de Armas, en projection holographique d'une I. A. amoureuse (Joi), et Jared Leto, en patron démiurge halluciné (Niander Wallace). C'est Robin Wright, dans son rôle de commissaire tyrannique (la lieutenante Joshi), et Harrison Ford qui m'auront le moins convaincu, in fine, mais ça n'entame en rien la très belle réalisation du reste du casting. 

Troisièmement, qu'est ce que c'est beau ! J'avais déjà une très haute opinion de l'esthétique du premier Blade Runner, un film que je trouve visuellement magnifique. Et, franchement, Blade Runner 2049 n'a pas à rougir de la comparaison avec son aîné. Le film de Denis Villeneuve est tout simplement splendide. Je me suis régalé les mirettes du début jusqu'à la fin.

Une très très belle expérience de cinéma. Maintenant, j'attends le futur Dune du même réalisateur avec une certaine impatience. 

Pour conclure, j'ajouterai juste que, d'un point de vue bêtement rôlistique, Blade Runner 2049 a abondamment irrigué (ou aéré, comme vous voulez) mes synapses imaginaires. Bonne came. 

Ryan Gosling, toujours de dos, et Ana de Armas. Photo extraite du film Blade Runner 2049.

mardi 3 novembre 2020

[WIP ALASTOR 66] Épisode n°46 : le blaster Steyr Pflager Katsumata Series-D

Marshal s'apprêtant à tirer avec son PKD.
Photo extraite du film Blade Runner.
Les Marshals de l'Agence Coloniale en poste sur Alastor 66 disposent d'une arme de service : le blaster Steyr Pflager Katsumata Series-D, que les Marshals nomment affectueusement entre eux "le PKD", souvent abrégé en "PK".

Arme

Dégâts

Munitions

PKD

1d6

∇8

Le PKD est totalement pompé sur le flingue de Rick Deckard dans Blade Runner.

De quoi ? Que ça fait un peu has been pour un jeu de rôle sensé se dérouler plusieurs siècles dans le Futur ? Certes mais je vous rappelle que la plupart des films qui inspirent Alastor 66 datent des années 80. Aussi j'assume totalement le côté rétro de l'imaginaire que j'associe à mon jeu !

jeudi 24 septembre 2020

Debasers

Débaseur au travail.
Photo extraite du film Blade Runner.

Yep, The Debasers dans la langue de Gary Gygax. Un nom sorti tout droit d'une chanson des Pixies. Ça c'est la faute de Monkey Gone To Heaven qui m'a redonné le goût de la musique du groupe de Frank Black et Kim Deal.

C'est quoi un Débaseur, en VF (ou une Débaseuse) ? C'est un·e chasseur·se de primes spécialisé·e dans la traque des entités intelligentes crées par l'être humain : les Réplicant·es, les Robotas et les I.A.. Mon partenaire sur le projet Alastor 66, Florent "Killerklown" Didier, n'est pas emballé par ce terme de "Debaser" et, in fine, on ne le gardera probablement pas. D'ailleurs, je ne suis même pas sûr que l'on soit obligé de trouver des termes spécifiques pour celles et ceux qui traquent les "machines" émancipées.

Mais baste. Retenez juste que la technologie a suffisamment évolué pour que certaines de ses créations se découvrent des consciences et des envies de liberté. Qu'elles soient biologiques (les Réplicant·es), robotiques (les Robotas) ou informatiques (les Intelligences Artificielles), certaines réalisations humaines choisissent de couper les ponts d'avec leurs créateur·trices et maîtres·ses, et d'aller voir ailleurs si les étoiles sont plus lumineuses. Ou, pour la plus grande partie d'entre elles, pour se dissimuler dans les ombres des marges de la Sphère humaine.

La lune sataniste constitue une excellente planque pour ces machines en cavale. Les autorités et les colons y étant beaucoup plus concerné·es par l'exploitation intensive du ravenium que par la chasse à quelques "renégat·es". Et les zones de non-droit — autant de planques potentielles — pullulent sur Alastor 66.

En termes de jeu, ce qui peut être intéressant c'est qu'un PJ — je pense en particulier au "leader" — puisse avoir un passé de "Debaser" (ou de "Blade Runner", appelez les comme vous voulez). Avec tout ce que cela implique dans ses relations avec les "machines", indépendantes ou pas.

Pourquoi Debaser au fait ? Parce que ces chasseur·se de primes traquent des machines "qui sont sorties de leur base".

La liberté aura un prix.
Photo extraite du film Ex Machina.

mardi 15 septembre 2020

OUTLAND : une inspi pour ALASTOR 66

Parmi les œuvres qui ont contribué à façonner l'imaginaire d'Alastor 66, j'ai cité Outland. Un film de S-F de Peter Hyams sorti en 1981, avec Sean Connery dans le rôle principal. Conçu comme un western, Outland raconte les déboires du marshal O'Neil (interprété par Sean Connery donc), affecté sur la station minière Con-Amalgamate 27, située sur Io, une lune de Jupiter. Il va y découvrir un vaste trafic de drogue orchestré par la compagnie minière pour booster la productivité de ses employés. Il va aussi découvrir qu'il est bien seul pour y mettre fin... Damned, si vous n'avez pas déjà vu ce film, je suis en train de tout vous divulgâcher !

Elle a bien quelques défauts cette pellicule. Même si il a de la gueule, je n'ai jamais trouvé Sean Connery excellent comédien, et il ne déroge pas à mon opinion dans ce film. Ensuite, l'histoire cultive de grosses incohérences : le marshal O'Neil ne peut s'empêcher de révéler aux personnes qu'il soupçonne qu'il les soupçonne justement ! C'est compulsif chez lui. Ou alors c'est pour mettre en avant son côté "Je suis tellement intègre que je balance tout ce que j'ai sur le cœur, sans filtre." L'intégrité du marshal O'Neil étant le moteur du film. Autres incohérences : les tueurs à gages envoyés pour éliminer O'Neil sont vraiment des branques, pas fichus de flinguer ce pauvre marshal même lorsqu'ils l'ont dans le viseur. Et c'est quoi cette serre protégée du vide spatial par une pauvre paroi en verre, pas bulletproof pour deux sous ? Et ces combinaisons pas du tout sécurisées, de qui se moque-t-on ? Bref...

Pour le reste, c'est de la très très bonne came cinématographique, et j'ai bien pris mon pied à le revoir, près de trente ans après mon premier visionnage. Je trouve qu'il n'a pas trop mal vieilli. Même si le look très années 80 du film — celui des décors comme celui des acteurs et actrices — risque de piquer les yeux des spectateur·trices plus jeunes...

Je me sers très régulièrement de photos extraites de Outland pour illustrer mes articles consacrés à Alastor 66. Et pour cause. De quoi ça parle Outland ? D'une colonie minière isolée sur la lune d'une géante gazeuse, loin de la Terre. Et de quoi ça parle Alastor 66 ? D'une colonie minière isolée sur la lune d'une géante gazeuse, loin de la Terre. Bon, OK, il y a quand-même de sacrées différences. Alastor 66 n'a pas la même gueule que Io et ses colonies minières se comptent par centaines alors que Io n'en a qu'une seule. Et Alastor 66 a une atmosphère respirable en surface et dans une partie de son sous-sol, contrairement à Io où, sans protection, tu crèves en quinze secondes.

Mais ce qui m'intéresse surtout dans Outland c'est le décor. J'adore le design rétro de la station minière Con-Amalgamate 27 : c'est exactement comme ça que je me représente les colonies minières de la lune sataniste. Ça marche pour les décors, ça marche aussi pour les fringues et les coupes de cheveux des employé·es de Con-Amalgamate 27, au travail ou en repos : je suis fan de leur look so 80's. Ça doit être la nostalgie de mon enfance qui parle... Bref, les colonies minières de mon Alastor 66 à moi ressembleront à Con-Amalgamate 27. C'est comme ça, c'est la vie. 

dimanche 15 mars 2020

Vous reprendrez bien un peu de Mythe ?

Artiste inconnu•e. 
Je fais partie des rôlistes qui apprécient encore le Mythe de Cthulhu. Je dis "encore" car j'en connais de plus en plus qui commencent à saturer de l’omniprésence de Toulou dans l'imaginaire globalisé. Ça fait quelques décennies que le seigneur de R'lyeh gagne des parts de marché parmi les icônes pop et ça s'est accéléré depuis que l'œuvre de H.P. Lovecraft est tombée dans le domaine public.
Clairement, on frôle l'overdose de poulpe.

Alors, OK, certain·es en ont marre des horreurs indicibles. Soit. Mais ça n'enlève rien à ce que L'Appel de Cthulhu a pu amener comme innovations au JdR en son temps – 1981 pour rappel –, aussi bien en termes de règles (la SAN, les compétences, le d100...), que d'univers (l'Horreur cosmique) ou de scénarios (l'enquête, "ne vous attachez pas à vos PJ"...). Et, perso, en tant que simple joueur, je fais partie des grands fans de ce jeu. Sachant que j'ai l'habitude de jouer avec les règles de la VF de 1984 (autrement plus simple que les dernières éditions): la simplicité, Gros!
Yep: j'aime jouer à L'AdC. J'aime le jeu et j'aime son univers. Vraiment.

De l'œuvre de HPL, j'ai particulièrement apprécié Les Montagnes hallucinées, Le Cauchemar d'Innsmouth et La Couleur tombée du ciel. Ses autres nouvelles, celles que j'ai lues du moins, m'ont laissé beaucoup plus indifférent. Il faut dire que j'ai dû mal avec tous ces textes sans dialogue, sans femmes, sans désir, sans amour, avec des narrateurs facilement interchangeables... C'est un peu aride tout ça.
Mais quel univers!
HPL ne cherchait pas à créer une mythologie. Ce sont ses "successeurs" – et August Derleth le premier – qui vont élaborer ce que nous appelons "le Mythe". Lovecraft voyait ses créations de façon beaucoup moins formelle et académique, ce qui se tient si l'on considère que, par nature, les entités du Mythe sont indicibles. Et, assez régulièrement, non-euclidiennes.

Pour vous représenter ce que l'œuvre de HPL peut avoir de dérangeant – et vous montrer que cette même œuvre est toujours vivante, féconde et innovante –, je ne saurais trop vous recommander la lecture de Neonomicon et Providence, deux séries de BD écrites par Alan Moore et dessinées par Jacen Burrows. Dans un registre cinématographique, regardez aussi le un peu plus ancien L'Antre de la Folie, de Big John.

Bref, j'ai très envie de mettre du Mythe dans mon univers maison.

Et je pourrais. Même commercialement: l'œuvre est libre de droits. D'ailleurs j'en ai déjà mis en évoquant un sinistre empire Tcho-Tcho au cœur de l'Asie de la Terre du Verseau. Une référence explicite.
Sauf que, comme dit au début de ce post, il y a moyen de saturer méchamment de Toulou à toutes les sauces... Comment faire?

Ben j'ai bien une solution.

C'est celle adoptée, avec maestria, par Alan Moore dans Neonomicon et Providence. C'est aussi celle utilisée, de façon beaucoup plus grossière, par Kevin Siembieda pour Rifts et d'autres jeux de rôle Palladium Books: se servir du Mythe sans jamais le nommer.
Alors, attention: Alan Moore fait référence au Mythe de façon implicite tandis que Kevin Siembieda transforme tout à sa sauce (et un Shoggoth n'y reconnaîtrait pas ses petits). Mon idée à moi c'est de faire quelque chose entre les deux: mettre du Mythe dans mon background mais sans le nommer et en changeant suffisamment d'éléments pour que son origine lovecraftienne n'ait plus rien d'évident.

Très concrètement, ça donnerait les éléments suivants:
  • Une entité pourvoyeuse de rêves étranges repose dans une cité engloutie cyclopéenne sous les eaux du Pacifique, au Point Nemo [Cthulhu].
  • Une autre entité sous-marine bien vivante se fait adorer par des créatures océaniques [Dagon].
  • Un pharaon dément règne en Égypte et son culte se répand dans les mégacités de la Terre du Verseau [Nyarlathotep].
  • Une créature malveillante hante les terres gelées de l'Arctique [Ithaqua].
  • Un "sultan des démons" trône au cœur de l'univers [Azathoth].
  • Une entité à la fécondité malsaine et corrompue erre dans les forêts profondes [Shub-Niggurath].
  • Un seigneur de l'espace et du temps livre des secrets aux sorciers et magiciens [Yog-Sothoth].
  • Et cetera (plus les cités oubliées, les races extra-terrestres chelous, les créatures, les livres qui rendent zinzin...).
À partir de ces bases là je veux pouvoir broder des éléments de background qui me permettent de singulariser la Terre du Verseau et qui fassent que l'on ne reconnaisse plus forcément le Mythe au premier coup d'œil. Ça c'est pour la forme.
Sur le fond, j'espère que les sinistres entités de mon Multivers seront aussi terrifiantes que celles de HPL. Même si ça doit se jouer sur d'autres aspects que ceux que prisait le Reclus de Providence car, clairement, Lovecraft et moi, nous n'avons pas trop les mêmes goûts en matière d'histoires...
En fait je ne veux pas du Mythe de Cthulhu tel quel. Je veux ce que celui-ci inspire. Ce qu'il m'inspire!

Hum... Il faudra peut-être que je trouve un autre nom à mes Tcho-Tcho du coup...

Illustration de Jacen Burrows.